repères

William Wegman, 2002

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quand le lecteur cd s’est cassé tu 

avais cinq ans tu t’es mise à pleurer 

ce n’est pas grave t’ai-je consolée mais tu 

ne voulais rien écouter ne voulais pas

que les choses se cassent ni que les gens 

meurent si le chien était au paradis 

pour chiens comme je te l’avais expliqué 

comment ferait-il pour rencontrer ton

arrière-grand-mère décédée ?

mésange au printemps

Georges Braque

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et donc le printemps

avec son cortège de rayons

lumineux sur lit de marguerites

et donc le printemps avec 

son cortège de Russes armés sur lit de

civils massacrés 

et donc l’idée de printemps 

dans des villes fumantes et des têtes

fuyant le bruit et la fureur

de tribus guerrières 

et donc les mouvements brusques

d’une mésange qui volette contre une vitre

qui ne veut pas comprendre

la vitre

qui lance son bec à l’assaut

d’une frontière

nous l’observons

ma mère et moi

assises à la table de cuisine

personne ne lui ouvre

personne ne comprend

son obstination jaune 

aux ailes bleutées

aucune de nous ne devine

ce qu’elle cherche

en revenant ainsi 

tapoter contre la fenêtre

transparente la journée

et ensoleillée la guerre

l’équilibre précaire

rompu par des hommes

qui s’ennuient dans leurs muscles

vieillissants et leur peur de la mort

ont besoin d’une victoire

d’une médaille d’or

pour oublier leur insignifiance

ont besoin du printemps

pour remplir de sang 

la terre blessée et stoïque

qui continue de boire les rayons

florissants

bientôt elle digérera les os belligérants

plus personne pour raconter aux rescapés

les couleurs du champ de blé en été

sur les images des visages vivants

et quelques fleurs que le soleil protège

Journal, 18 mars 2022

Levée, petit-déjeuner, dentiste, lecture de la presse, un tour sur les réseaux sociaux. Hier soir, Antoine Compagnon à l’Abbaye de Neumünster. Le titre de la conférence : Comment enseigner la littérature ? Réponse : c’est une bonne question. Je suis assise à côté de mon ancien professeur de français des deux dernières années de lycée, rencontré dans l’entrée. Compagnon raconte sa genèse. La modératrice raconte qu’il vient d’être élu à l’Académie Française, et je me demande, comme à chaque fois, « que [vont-ils] faire dans cette galère ? », moi qui ne peux comprendre qu’on ne soit pas gêné de faire partie d’une institution aussi poussiéreuse si on n’est pas soi-même poussiéreusement mondain. Je connais à peine l’orateur, Collège de France, oui, entendu ici ou là à la radio, souvenir de propos sur l’enseignement, dont la trop grande féminisation aurait fini par saper le prestige. Pauvres hommes. Même s’il n’a probablement pas tort quand je vois les gesticulations de certains représentants de sexe masculin pour garder le dessus, en littérature aussi. Pour ne pas devoir se frotter à la littérature féminine. Un Karl Ove Knausgaard qui dit à Siri Hustvedt qu’il ne se voit en compétition qu’avec d’autres auteurs masculins, en aucun cas avec des auteurs féminins. Je suis donc sur mes gardes, c’est l’intitulé de la conférence qui m’a fait me déplacer. Des fois qu’il y aurait quelque idée à récupérer, la plupart des élèves n’ayant pas l’air de s’intéresser outre mesure à la littérature. Compagnon, fils de général et futur élève de Polytechnique, adolescence aux États-Unis, un professeur d’anglais qui lui ouvre les portes de la littérature, la lecture de The Lord of the Flies, de William Golding. Il suffit d’un professeur, dit-il, un seul, pour entrebâiller le portail, parmi nombre d’enseignants considérés comme dispensables, il suffit d’un seul bon professeur pour franchir le seuil de la littérature. Et puis l’ennui. Ils se sont beaucoup ennuyés, lui, sa génération, et donc ils ont beaucoup lu. Aujourd’hui, l’ennui a disparu de l’agenda des élèves, en effet, remplacé par l’impulsion électronique et le stress, le doigt sur le défilé d’images. Je souris intérieurement. Je suis assise à côté d’un de ces anciens professeurs, un de ceux qui m’ont appris à lire, entre autres Marguerite Duras. Compagnon présente aussi sa dernière publication, La vie derrière soi, où il s’intéresse à la fin de carrière de certains écrivains. Quand arrêter d’écrire ? Comment arrêter d’écrire ? Il se trompe de prénom, veut parler de Philip Roth et de sa décision annoncée d’arrêter l’écriture, le confondant dans son exposé plusieurs fois avec Joseph Roth. Ça me rassure presque, moi-même cherchant désormais souvent des prénoms et des noms dans ma mémoire, ne les retrouvant pas toujours, ou alors des heures plus tard. L’âge n’a pas que des avantages, diraient d’aucuns. Il parle du prix de certaines œuvres de Picasso, information qui ne me semble pas correcte, ou à contrôler du moins. Ses œuvres de jeunesse se vendraient plus cher que tout le reste de sa production. Mon voisin a la même moue dubitative. Peu à peu, l’écoute s’installe. Peu importe que je sois d’accord ou non avec tout ce qui est dit, il y a une sincérité, une simplicité et une amabilité sans vanité dans le propos. J’écoute avec plaisir. On oublie trop souvent dans l’enseignement, poursuit l’orateur, que la lecture peut être une activité dangereuse ou subversive. Ou alors, on désamorce son côté subversif en découpant, morcelant, banalisant les textes jusqu’à les faire devenir des objets inoffensifs. L’analyse est importante, mais le plus important, c’est qu’un texte soit un objet de connaissance ou d’apprentissage de la vie. L’amour, le pouvoir, Compagnon en a appris les rouages avec la lecture de Stendhal, Le Rouge et le Noir. Et un peu avec La Chartreuse de Parme. Je me revois à 16 ans, en main une version abrégée des aventures de Julien Sorel, prêtée par un élève plus âgé. J’en sors secouée et éblouie.

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dans quelles parties du corps s’envelopper ?

Oksana Mas

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inventer le nom de la semaine le bruit 

de la ritournelle dans le rachis les angoisses 

subsumées s’élancent protubérance

saillie éperonne creuse vers le diverti-

mento jaillit coulée de basalte nous base 

nous basiques nous battus nous bauxite nous beaux 

bauge et fange et paille nous flamboyants allu-

més détonants déterminés à mourir 

couchés à la floraison des asters regard 

liquide intolérable fluide splendeur 

d’une épée en sol la mi gammes de passion 

hivernale pour les départs clandestins les 

yeux engloutissent les chocs du passé 

gloire des générations aux soldats violés 

empires vains batailles au goût neuf fois voir ta 

tête nous irons dans la matière humaine faire 

vivre nos frayeurs follement inventives 

pour l’orgueil du monde creuser des miracles 

et des ancêtres creuser ossements phobies 

futures nous sans lois portières un hangar pour 

l’humanité entière un tournevis à 

fémurs tibias une clé à métatarses colle 

les phalanges cloue les reins extirpe les peurs cloue 

des terreurs aux poumons respire mille et une 

générations de tremblements d’enfants neufs 

aux commencement virtuels finir morts sans âme 

passés pour habiter des tombes sur les 

épaules du granit oiseaux de proie les amours 

lacèrent ce qui reste nourris au lait de

brebis avancer sans roi griffer l’histoire sans 

blesser les jours un pont vers l’oubli un frein 

la vie aveugle remonte les fleuves une halte 

au bord de quelques rivières à nous seul le 

vacillement rien que la chute parés des 

haillons héroïques de l’archaïque rituel

troué le silence se dissout nous rentrons  

d’où ils sont venus à la place des corps des 

miroirs sans tain des cris de pinsons au loin 

carré blanc sans fond blanc

Margherita Manzelli

__________________

des sermons de joie une gorgée de
mélisse les chiens aboient sur le sentier
englouti le chiffon agité du
brouillard blanchit les cimes canopée qui
disparaît derrière la nappe de gouttes
fines en suspension des décisions
en suspens la main tombe

à l’eau les cristaux nettoient
les mots résonnent dans la tête les arbres
s’endorment sans paupières les racines
enfouies sous le gibier décomposé
les fruits errent le jour levé se cache
à moitié tisse sa mémoire sans se
révéler funambule l’œil vacille le
long de la ligne de vapeur suspendue
lesquels de mes muscles ont déjà
disparu au loin la route vrombit le
mot poids lourd déchire l’image déplace

des pièces détachées une réalité
à construire l’eau au bout d’une tisane
la matinée essaie de dissiper
des feuillus déguisés
de l’autre côté de la brume je bois
du thé qu’allons-nous deviner avant
d’abandonner et comment vieillir a-
vant de mourir ? horror vacui

des corps de l’air vif à remplir la page
à gaver l’existence pour le prix d’un
deux jus plastique apotropaïque en-
vie vitaminée inconcevable
l’univers semble chercher un moyen
de transport pour rentrer

heure après heure les abris s’amenuisent
disparaissent les coins se dresse la vie nue
devant des images cultivées qui ne
consolent plus la pie gratte et plonge déterre
de quoi tenir encore un jour tenter
d’imiter sa superbe un pan de bleu
rangé derrière la pupille du jaune
tressé dans quelques instantanés le
vert qui se pose parmi deux élans

indifférente aux falaises la vie
descend majestueuse en satin elle
glisse sur les visages tombe un bonheur trop
longtemps retenu l’hellébore blanc
s’obstine sur un seuil perdu la porte s’ouvre
arrivée ou départ entre les deux
le brouillard avance jusqu’à la clôture

prêtresse païenne et laiteuse sa
lumière invite derrière le rideau encore
un rideau qui cache un rideau l’art
est une technologie pour permettre aux
poissons de réaliser qu’ils sont mouillés
répond l’artiste interrogée derrière
moi s’écaille la forêt cérusée

avant l’oubli

ils vont en grappes de nuit fuient le centre
de la terre rédemption des sous-
sols nés sans anesthésie corps mill-
énaires des femmes tigres femmes fracas
pliés sous X des enfants monde graines
opaques les os fabriquent des lieux des
os briques pour abriter des sons sou-
fre qui gratte jusqu’à la moelle semés
d’allumettes ils poussent des chariots de
rêves le pendu chasse la roue de la
fortune l’arcane treize glisse sans nom sur
des tables de bois mort l’histoire bégaie
de la bruine l’échine courbée les jours
avancent sans bruit sang bleu des nuits
à raboter félines


sous la peau suave et souple un
pas frissonne la guerre des chairs aux regards
lisses sur corps de marbre mimant
l’extase hors d’elles cherchent à saisir
sous les cadavres les lits qui brûlent sous
les silences cousus de fil blanc les
signes divinatoires tapis sous les
steppes arides les touffes clairsemées les
vertèbres du temps une grève à
attraper un récit de sable enjambe
les siècles lourds de murmures
aux sons aigus le cristal parle la langue
de l’oubli des feuilles en deuil
s’affolent le sol les caresse
jusqu’à disparition dans les fourrés
sur le bas-côté de la route du vivant
les dernières pensées ailleurs dans le ciel
les trilles des martinets stridents se laissent
porter par les courants ascendants comme
les martinets dormir sur le vent tiède

É.A. 

Je me croyais à l’abri de toutes ces carcasses, peinarde devant ma guérite au milieu de nulle part, de vinaigre on n’en avait plus mais chiche, on pouvait se servir sur l’héritage. Il y avait juste l’odeur un peu sale, une sale odeur, piste de sang à suivre, un peu rance, on avançait sur une sente pourrie comme la nature les laisse après la pluie et puis il n’y avait rien que le ciel au-dessus, même les nuages s’étaient barrés. Il n’y avait qu’un aplat de couleur délavée pour signifier que la vue n’était pas bouchée. De toute façon devant soi pas la peine, ça tournait en rond sans décoller, alors autant lever la tête et attendre le bruit.

Au loin on entendait le plus humain des cerfs, et la hyène qui lui volait la vedette n’avait pas arrêté de hurler des insanités dans l’air brillant. De l’autre côté de la falaise, ils ne faisaient ni dans la dentelle ni dans le coton bio, ils n’avaient aucun remords, ils sarclaient, buchaient crachaient et divisaient les chairs fraîches, dépeçaient en rondelles pour jouer aux galets du lac, au mitan de leur lune de fraises. Ils allaient s’accroupir dans les fougères des maisons taudis. En bas des falaises se trémoussait l’écume qui leur servirait un jour de repas nuptial.

Quelqu’un est venu et a prié pour tout le monde, autour des troncs d’arbres en guise de bancs et des plaies ouvertes pour rappeler les faits, rien que les faits, mais personne ne savait lesquels, alors on a prié aussi, histoire de pas faire d’histoires et de se sentir un peu groupe, un peu de la même espèce à regarder le même ciel en murmurant de l’inaudible, respectant quelques syllabes communes.

Un sourire et la journée repartie sur les chapeaux de roues sans roues d’hiver, pas de quoi jeter un froid, un pas après l’autre et joyeux avec toute la soudaine blancheur inondée de soleil, pleine de petites fées iridescentes qui éclatent comme des rires de gazelles, quoi de plus vivant que l’air qui fuit à travers les brindilles fragiles d’arbustes inexpressifs.

Secouer la branche sur laquelle on est assis, on est, ils sont, elles sont et un long frisson parcourt la lande qui le transmet plus loin aux confins du monde. La terre se met à trembler de stupeur parce qu’il y a tout ce mouvement. Il n’y a pas de gestes organisés, pas de danse pas de cérémonie, juste la confusion et l’agitation sans coordination, la terre suit le mouvement et personne ne comprend rien mais il n’y a qu’à attendre que ça cesse pour avoir un peu de répit.
On dirait que les esprits se sont donné rendez-vous plus grand que nature devant une tête de sanglier géant. Leurs rencontres sont des puits muets.

quadrillage de l’espace vital: chroniques d’un village

Daniel Buren

——

le bitume plein de traces invisibles 

de pieds qui se lèvent et s’abattent sur cette 

ligne de trottoir des chaussures claquent et piquent 

vers le bas de la rue le rythme du 

marteau régulier comme une joie d’étagère 

sans pages saut d’enfant les bras moulinent

du vent vers l’espace que dessinent les lèvres

dans l’air avec toutes les voix enfouies 

d’ancêtres fantômes qui griffent l’asphalte 

un bain de syllabes dans l’eau de pluie 

——

à toutes les portes les mêmes visages 

en nuances de chairs grises au réveil 

terriblement perdus parmi les 

hommes qui savent qu’ils meurent lentement 

derrière d’ocres persiennes est rouillée 

leur façade un paysan continue 

son père et sa mère à l’hospice elle

vendait sur le seuil des œufs désor-

mais tourniquet à monnaie self-ser-

vice son chien pisse toujours derrière la

bâtisse contre le géant feuillu   

couleur de terre brûlée les vaches quand 

le soleil décline sur leur poil saisiss-

ante image les portes sont visages 

vers des couloirs allumés dehors 

s’éteint l’animale beauté 

——

la journée se prépare une lueur

exorciste

à la croisée de deux rues des noms 

traînent sur l’asphalte le chiot devant une 

porte ouverte sur l’Orient 

extrême des effluves de cuisine tournent 

dans le chaudron cherchent le centre de 

nos vies désormais dispersées 

des pièces crénelées une monnaie ré-

siliente nous payons en oubli deux 

fillettes en chinois effraient le jeune 

chien se ruent vers l’église 

montent l’escalier de la maison d’en face

Dieu ne leur fait pas peur elles aboient 

des sons pour chasser son haleine

——

de l’atelier gris métal jadis  

la tôle brillante avec des camions 

menace qui disparaissent après le 

virage prospère on s’habille de voi-

tures qui enflent obèses étoiles sur lit 

de goudron passent devant nos yeux  

gourmands nos bouches en chocolat le 

cuir prend les formes des passagers qui 

attendent repus le lendemain  

les matins sont neufs sont chaussures la-

quées du dimanche il n’y a rien qui n’ait 

sa place la banquette arrière est un 

royaume ambulant au bord d’un pré-

cipice fermé l’atelier aujour-

d’hui la retraite et les clients morts 

dans des cercueils en bois

——

les cloches jadis fondues en canons

revenues sans munitions sonnent l’heure 

de repas devenus dissonants 

sortis des jours sués à construire 

des ponts les mots se figent incapa-

bles de vider la mémoire cherchent un 

devenir moins arithmétique se 

cachent dans l’alphabet le village est 

une rue qui revient de loin les sols 

glissent sous les pattes des animaux 

domestiques le ciel se penche parfois 

très bas pour étouffer quelques cris 

——

les monts aux noms saints coupent court à la 

vue dans le chaudron local s’agitent 

et tortillent des particules élé-

mentaires nous étions hier nous sommes tou-

jours aussi dépourvus d’ailes qu’aux 

premières aurores quand le clocher 

imite les siècles révolus et 

remet les pendules à l’heure d’un pa-

ssé moins dispersé aux quatre vents 

les prières ne sont plus qu’un amas 

de théories galantes les Indes en 

sous-vêtements de dentelle le panneau 

psalmodie le sexe publicitaire  

à l’heure du déjeuner

——

sol végétal où s’agitent des 

sabots nous creusons des sillons pour 

prendre un peu de place les passants s’a-

gglomèrent plus bas au large de l’artère

principale les machines ont dompté 

ce que les mains arrachaient nous tour-

nons en rond arpentons les sentiers 

menant au lierre qui s’étend en robes 

de vert pluriséculaires ces fo-

rêts nous font perdre les feuilles

——

au lieu d’arriver nous partons sou-

vent une clé restée dans la serrure  

tête qui grince sur les seuils des bruits fami-

liers vont et viennent dans l’abdomen 

les chaises-longues du parc en bois traité 

où les jeunes aménagent l’avenir 

des vieilles dames et des chiens dans l’allée 

sacs plastiques du supermarché d’à 

côté se déplacent merles et pinsons  

sur la pelouse une performance im-

provisée d’artistes aériens in-

visible lien tissé pour faire oeuvre 

——

je place du buis entre moi et la 

prairie œil en laisse en-deçà des 

mauvaises herbes les renards avancent sans 

clôtures n’ont pas froid aux yeux ne sont 

pas muselés le buis s’épanouit 

devient arbuste potelé me tend 

ses branches et un chapeau par saison 

puis la vigne annonce le meurtre rouge

comme un insecte elle bouge ses feuilles pour 

trouver une issue 

——

les héritiers de l’acier tanguent les

parois sales et sobres les solives vieilles 

comme les vies qu’elles couvrent comme vieillir 

soi-même joindre des entretoises aux 

missives envoyées hors les murs une 

bande de corbeaux se mélange aux pies 

éparpillées des siècles de pa-

roles ont saturé l’air elles n’ont lai-

ssé qu’une stèle pour commémorer la 

rouille les morts n’ont pas le monopole

du néant

——

joursnuits

Tina Gillen

——————————

le jour se dilate sous les pierres

gisent polis les restes de bois

peints en ver de terre il n’y a pas

une heure qui sache se taire et pourtant 

le calme revient sous les murmures

en cadence il n’y a pas d’amour

sans connaissance de ses limites

le chat se pose noir sur le banc de

fenêtre deux billes cernées de jaune

une lune déverse son lait sur son

ample fourrure un instant fugace de

réalité pure les filles aujour-

d’hui sur scène ont été fantastiques

un point lumineux dans le ciel bleu

nuit clignote une étoile qui annonce

son extinction il n’y a pas de fin

à la joie du souvenir je plonge

dans le soir avec d’autres images

dehors les bêtes se contentent de nuit

berlin

man müsste ein buch über berlin schreiben

in dem es gar nicht um berlin geht wenn 

zwei nebeneinander selbstgespräche führen ist das 

dann schon ein dialog ? männer wie kühe 

nur keine milch der mensch an sich ist 

kein cooles wesen cool bist du nie ganz + kunst 

gehört nicht ins offizielle programm ein chinesischer 

blumentopf ist auch eine grelle nummer tu was 

werden + glaubt wer büschelhaare wenn du 

gerade aus + eingekesselt bist sag lieber nichts 

spring statt singen dann war es aus 

mit den schönen hindernissen nur noch das blanke 

grauen die chi-mauer der che-kampf + die rechte 

der fledermäuse ausbreiten dicht, dicht an der kette 

nicht wackeln weg die puste im kuchen schluck auf + 

nieder brennt sich wer eine frau statt alkohol

klingt nächtlich ungewiss liest sich ein in die erd-

kruste + gott in die baumrinde geritzt was man uns 

wünschen kann nur der tod ist eleganz die halbe 

bewegung schweigt sich in den abend + wartet auf 

geld die geschichten enden eh immer gleich 

dieselben seit die kriege nach hinten los die alten 

sportler um den brei herum tanzen milchmänner 

+ flechten kühe damit wäre das buch über berlin 

im fluss wie engel auf jet-skis