Chaleurs II, 30 juin

 

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Jenny Saville

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des trottoirs se lèvent

sous la chaleur d’une journée

qui s’apprête à continuer

son travail de la veille

les chiens sortent avec leurs maîtres

les chats se grattent l’oreille

jetant un œil dédaigneux

vers l’éveil de la ville

au loin des véhicules

se mettent en branle

des membres engourdis

gorgés de température

regardent le ciel et pensent

à la fraîcheur des nuits

sous une pluie de lumière

les dalles reflètent la clarté

une nonchalance de station balnéaire

se répand dans les esprits

qui voguent à un rythme de bossa nova

l’air se trémousse sans frénésie

quelqu’un crie : au boulot !

un autre sort humer

les effluves parfumés

des belles de jour

des fragrances boisées

croisent des sueurs primitives

les peaux se libèrent

les corps s’exhibent

sautent aux nues

les instincts enjambent

les haies de chair

pour rêver au sang chaud

flottant dans l’air du soir

la tragédie n’a pas sa place

dans la moiteur n’affleure

que la langueur

l’orage ne guette que

comme consolation

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Carla Lucarelli – Digression 6, 7, 8, 9

Heureuse d’apprendre que quelques extraits de mon recueil Dekagonon ont trouvé place sur ce magnifique blog consacré à la poésie…

BEAUTY WILL SAVE THE WORLD

Digression 6

Lui nous moi qu’est-ce qui se mélange en nous
pour faire tache susciter faire subsister
une forme incolore de matières
images floutées de liens dépecés impossibles à réparer
avancer jusqu’au point de non-retour
pour perdre la partie contre soi-même
sans pleurer ou juste un peu les désirs cassés
comme on casse les jouets
par mégarde ou par solitude innée détruire
plutôt que désirer
ce qui s’enfonce jusqu’à la garde comme une épée

Digression 7

Trottoirs phares soirs histoires moi
pierres lierre mousse dans les interstices
saleté sur les édifices moi
mer agitée courses délurées cheveux défaits moi
chocs heurts frictions tourments moi
sacrifices moi
immolations moi
incendie qui se prépare
comme un rituel de mise à mort
toi et moi
deux cadavres brûlants

Digression 8

Dans la lumière pâle d’un matin
l’esprit immobile se laisse traverser par le temps
qui rumine des brins d’aube
des génisses broutent l’espace

Voir l’article original 78 mots de plus

Réminiscences, 26 Juin

WALDRAND
Lysiane Schlechter

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J’ai été quelqu’un de gai

avant ma naissance

les premières années

je m’en suis souvenue

à cinq ans je souriais encore

de cette réminiscence

à dix , je croyais que le soleil

nous voulait du bien

puis j’ai su que les astres

ne nous connaissaient pas

qu’ils brillaient sans nous

que personne ne regardait

dans ma direction

pour m’encourager

à ne pas abandonner

j’étais seule

et ma mémoire défaillante

a peu à peu oublié

comment c’était

avant

quand l’art de la joie

n’était pas un guide de bien-être

pour étals de librairie

Chaleurs, Juin 2019

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Pauline Palmer, 1920

__________________

On parle de canicule

on parle de rivalités télégéniques

et des lettres de Raymond Chandler

on parle de ce qu’il faut manger

de ce qu’il faut vivre

avoir vu avoir vécu

haute en couleurs

de dix-huit ans son aînée

madame Chandler est décédée

à quatre-vingt-cinq ans

on parle des litres qu’il a bus

après la mort de sa femme

on parle de ceux qui tiennent

de ceux qui s’écroulent

de ceux qui ont toujours tenu

quoiqu’il advienne

les ondes me racontent des histoires

que je range dans des tiroirs

pour côtoyer des ombres

fabriquer un monde intelligible

où les femmes des écrivains ont

un boudoir rose et la canicule

une date de péremption