Passages, Juillet 2019

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Harald Sohlberg

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Quelques malheurs encore

de pacotille

et des naufrages

quelques ismènes encore

quelques printemps

blanche arachnéenne

floraison et des étés

de fugaces extases

 

quelques bruits encore

qui couvrent les rides

quelques morts encore

enterrés vivants

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L’infini à la portée des fillettes, Juillet 2019

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David Hockney

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la cacophonie des corneilles

en bruit de fond

une petite fille court

à s’essouffler

le long de l’allée

va-et-vient d’abord

avec sandales

puis nus pieds

elle n’arrête pas

l’aire de jeu explorée

c’est sa propre énergie

qu’elle veut lancer

oreilles décollées

les yeux irrigués

petite boule de fins cheveux

relevés sur la tête

dents de souris exhibées

elle jette ses jambes

encore potelées

arquées

à l’assaut du bitume

je l’observe depuis un banc

sa mère plus loin

téléphone à l’oreille

lui tourne le dos

comme un chiot lâché

la fillette reprend sa course

je suis le mouvement

constance dans la répétition

dans l’espace

le même parcours

au même rythme

avec la même ardeur

maintes fois bouclé

je laisse pénétrer sous ma peau

les croassements du ciel

le maillot de coton orange fendant l’air

le pré vert piqueté de blanc

le monde s’arrête de tourner

puis repart me laissant sa carte de visite

quelques éclats de lumière

à ranger comme un polaroïd

 

Humanité, Juillet 2019

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Bernardo Oyarzun

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On dira de nous que nous avons essayé

on dira que nous nous sommes appliqués

on dira que nous n’avons jamais lâché

que nous ne sommes pas des lâches

ni des condamnés dociles

on dira que nous avons saccagé la terre

car nous en avons toujours voulu aux dieux

on dira que nous ne nous sommes pas dérobés

que nous avons fait ce que nous avons pu

jetés au milieu de nulle part

avec tout à apprendre

Ciels, 4 juillet

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prés gorgés de lumière

à satiété ciel monochrome

bleu saturé comme une idée

vieille de millions d’années

nous balbutions milliers de syllabes

pour reproduire le tableau

comme des pétales concrescents

les mots s’agglutinent

impuissants

l’espace est trop grand

pour l’alphabet

il suffit de regarder

longuement

jusqu’à ce que s’impose

le cadre et une couleur

sans nom

 

Eléments, 2 juillet

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Helen Frankenthaler

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Pour quelques instants

le vent a été plein

d’espoirs de semailles

pour quelques instants

il ne soufflait pas à vide

il sifflait des renaissances

léchant les pistils

il préparait les couleurs

changeant les prés en scènes

les éclosions en vedettes

muettes sous les projecteurs

des jours allumés

 

il y avait dans la brise

le chant de l’indifférence

l’obstination de la matière

à ignorer les hommes