Passages, Juillet 2019

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Harald Sohlberg

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Quelques malheurs encore

de pacotille

et des naufrages

quelques ismènes encore

quelques printemps

blanche arachnéenne

floraison et des étés

de fugaces extases

 

quelques bruits encore

qui couvrent les rides

quelques morts encore

enterrés vivants

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Humanité, Juillet 2019

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Bernardo Oyarzun

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On dira de nous que nous avons essayé

on dira que nous nous sommes appliqués

on dira que nous n’avons jamais lâché

que nous ne sommes pas des lâches

ni des condamnés dociles

on dira que nous avons saccagé la terre

car nous en avons toujours voulu aux dieux

on dira que nous ne nous sommes pas dérobés

que nous avons fait ce que nous avons pu

jetés au milieu de nulle part

avec tout à apprendre

Ciels, 4 juillet

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prés gorgés de lumière

à satiété ciel monochrome

bleu saturé comme une idée

vieille de millions d’années

nous balbutions milliers de syllabes

pour reproduire le tableau

comme des pétales concrescents

les mots s’agglutinent

impuissants

l’espace est trop grand

pour l’alphabet

il suffit de regarder

longuement

jusqu’à ce que s’impose

le cadre et une couleur

sans nom

 

Eléments, 2 juillet

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Helen Frankenthaler

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Pour quelques instants

le vent a été plein

d’espoirs de semailles

pour quelques instants

il ne soufflait pas à vide

il sifflait des renaissances

léchant les pistils

il préparait les couleurs

changeant les prés en scènes

les éclosions en vedettes

muettes sous les projecteurs

des jours allumés

 

il y avait dans la brise

le chant de l’indifférence

l’obstination de la matière

à ignorer les hommes

 

 

Chaleurs II, 30 juin

 

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Jenny Saville

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des trottoirs se lèvent

sous la chaleur d’une journée

qui s’apprête à continuer

son travail de la veille

les chiens sortent avec leurs maîtres

les chats se grattent l’oreille

jetant un œil dédaigneux

vers l’éveil de la ville

au loin des véhicules

se mettent en branle

des membres engourdis

gorgés de température

regardent le ciel et pensent

à la fraîcheur des nuits

sous une pluie de lumière

les dalles reflètent la clarté

une nonchalance de station balnéaire

se répand dans les esprits

qui voguent à un rythme de bossa nova

l’air se trémousse sans frénésie

quelqu’un crie : au boulot !

un autre sort humer

les effluves parfumés

des belles de jour

des fragrances boisées

croisent des sueurs primitives

les peaux se libèrent

les corps s’exhibent

sautent aux nues

les instincts enjambent

les haies de chair

pour rêver au sang chaud

flottant dans l’air du soir

la tragédie n’a pas sa place

dans la moiteur n’affleure

que la langueur

l’orage ne guette que

comme consolation

Réminiscences, 26 Juin

WALDRAND
Lysiane Schlechter

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J’ai été quelqu’un de gai

avant ma naissance

les premières années

je m’en suis souvenue

à cinq ans je souriais encore

de cette réminiscence

à dix , je croyais que le soleil

nous voulait du bien

puis j’ai su que les astres

ne nous connaissaient pas

qu’ils brillaient sans nous

que personne ne regardait

dans ma direction

pour m’encourager

à ne pas abandonner

j’étais seule

et ma mémoire défaillante

a peu à peu oublié

comment c’était

avant

quand l’art de la joie

n’était pas un guide de bien-être

pour étals de librairie

Chaleurs, Juin 2019

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Pauline Palmer, 1920

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On parle de canicule

on parle de rivalités télégéniques

et des lettres de Raymond Chandler

on parle de ce qu’il faut manger

de ce qu’il faut vivre

avoir vu avoir vécu

haute en couleurs

de dix-huit ans son aînée

madame Chandler est décédée

à quatre-vingt-cinq ans

on parle des litres qu’il a bus

après la mort de sa femme

on parle de ceux qui tiennent

de ceux qui s’écroulent

de ceux qui ont toujours tenu

quoiqu’il advienne

les ondes me racontent des histoires

que je range dans des tiroirs

pour côtoyer des ombres

fabriquer un monde intelligible

où les femmes des écrivains ont

un boudoir rose et la canicule

une date de péremption