
Un jour, elle fut là. Marie ne sut ni d’où elle venait, ni par où elle était entrée. Ni ce qu’elle voulait, allongée sur le tapis au pied de son lit, les yeux clos.
Comme tous les matins, Marie avait fait taire d’un geste brusque la sonnerie du réveil, comme tous les matins elle avait grommelé que c’était bien trop tôt, comme tous les matins elle s’était avancée dans le noir pour atteindre la porte et bifurquer vers la salle de bains. Elle s’était regardée longuement dans le miroir. Elle allait avoir trente ans dans un mois et voyait déjà le temps s’installer au creux de son regard. Elle avait inspiré profondément, s’était saisie de la mousse lavante intensive pour peaux délicates, l’avait appliquée sur son visage humide, avait entamé avec ses deux mains le mouvement circulaire à partir de ses joues afin de la faire pénétrer dans chaque pore du visage. Comme le lui avait conseillé la vendeuse. Son esprit savait que sa peau n’en avait pas besoin, mais l’industrie cosmétique avait à nouveau réussi à s’adresser à la pensée magique et à mettre en veille sa raison.
Elle avait frotté chaque centimètre carré du visage avec sa mousse violette au parfum d’eau de pluie, parsemée de petits grains, les « vrais » composants actifs du produit. « Moi, je n’ai jamais utilisé que de l’eau claire pour me laver le visage. Oui grand-mère, mais toi, c’était une autre époque, il n’y avait pas la pollution. » Elle se mettait à parler comme ces vendeuses trop maquillées qui arrivaient toujours à lui faire avoir honte de son teint et à la faire sortir du magasin avec des sacs de produits plus ou moins inutiles, qu’elle oubliait d’appliquer après une semaine d’utilisation.