Complainte de la caravane, travail en cours (suite du texte: Résistances), 27 mars 2019

la-représentation-du-corps-humain-dans-l-art-contemporain-occidental-sculpture-figurative-contemporaine-le-nu-masculin-dans-l-art-contemporain-franticek-klossner-artiste-suisse-europe
Franticek Klossner

Complainte de la caravane

HAPAX 1– Nous sommes en chiffres, la joie de la contre-histoire dans nos babouches en polymère, en artificiel synthétique avons tout transformé tout haché extrait tout broyé tout mixé badigeonné nos existences de produits vinyle sentons le souffre la roche liquide la paraffine, les lacs d’hydrocarbures sur Titan nos proies célestes, fils de Saturne en attente de la grande extinction, la voie est longue la voie n’est pas libre les zones d’ombre flottent autour de nos satellites nos excroissances nous entravent, nos charbons forment des poumons qui explosent, avons poussé loin, avons perdu le volant et le mot de passe, les clés de l’avenir disparues dans la dernière guerre des gaz cerveaux endommagés de schiste, tous, natures sans intention comme une mécanique sans tête sans évolution, le chaotique en polystyrène, pluie de plaques arrachées pour coucher la nuit, en spirale vers le vortex qui déglutit et la peur aux tripes en boyaux artificiels de cellulose ou collagène, angoisse vomie par les tuyaux en plastique qui sortent de gueules déformées, sommes tentatives avortées de retour du futur, revenir aux bifurcations voulons reprendre aux intersections, des vies en chair nous voulons de la matière organique dans les cervelles, sentir des agitations anciennes au milieu de souffrances en acier inoxydable, avons changé d’enveloppes mais les pièces autonomes ne se connaissent pas, à l’intérieur de nous ça bataille dru, pour la survie de quoi ? on ne sait

HAPAX 2– Le créateur ne reconnaît pas sa création, échouée, sa créature a échoué, il vomit, tempêtes solaires crachées à la gueule de l’univers, il a mis des lois, arrondi les angles, raboté les omoplates, créature thoracique en poudre et phosphates de calcium pour tenir le long des squelettes, ostéoblastes ostéoclastes ostéocytes, rien n’y fait, les machines ne crachent plus de sang, chez nous ne coule que lave qui nous brûle les veines déformées, retrouver des corps intacts nous voulons voir les débuts, les pièces du puzzle originel, nos organes saccagés crient famine, les vis grincent les boulons nous lacèrent l’os pariétal, ne crânons plus nos supériorités affranchies des limites de l’espace, temps de l’évolution dévié, sans trajectoire, dévié de quoi on ne sait, oui, pas de télescope dans le ventre des galaxies pour atteindre les pierres, on n’est plus spongieux, on s’est rouillés, gourés, fourvoyés dans les fils électriques, on n’a pas terre, on n’a plus les électrons de pôle en pôle, le positif transformé en négation organique, robots pensants ne sachant plus, pensons en rond, en figures géométriques la tête liquide reliée aux tubes fluorescents, égrenons éléments chimiques comme prières au brome et à l’iode et aux numéros atomiques, sommes allés là où nos cerveaux ont anéanti les paris, protons anarchiques dansant sur des carcasses fumantes

HAPAX 3– Ne baisons plus que par procuration allons dans les autres farfouiller des yeux, organes estropiés par la trop longue exposition, cobayes consentants avons oublié nos noms, sans passé nous balbutions des mots vains, des mots éclopés, d’origine inconnue, implantés de guingois s’échappent à droite et en diagonale, comme enfants turbulents, turgescents, un mot qui ne sert plus nos sexes en berne, il y a mystère, il y a matière à, il y a à élucider, rattraper des gestes perdus, manœuvres oubliées, il n’y a personne derrière les mots, y remettre des créatures faudrait, pas des monstres, en voie d’extinction voulons les préserver, elles, les disséquer vivantes, trouver dans leur chair ce qui pourrait nous augmenter

HAPAX 4– Chaudrons refroidis d’où sortons en pièces détachées, humeurs à assembler sauf celles perdues que voulons retrouver, sels minéraux en bouillon pour lancement de sensations, 28 par seconde, 35 par seconde, record d’influx battu par un AMX totalement rééduqué, peut-être autre chose ici, sûrement autre chose à sucer, qui sait si la chasse sera bonne dans ce coin

Publicités

Billet d’humeur, 4 févr. 2019

1505944441
Franticek Klossner, Melting Selves

La pose, un vide dans la danse, poser, reposer, lèvre boudeuse ou pas, poseurs de bombes, ou à retardement, je pose loubard, le lis, j’écoute en marge, je pose lecteur, rockeur , looser,  extrémiste, gauchiste, fasciste, le club des poseurs, je pose les jalons pour une pose nouvelle, je crache, j’éructe des musiques obscures, je me pose sur un socle d’avant la garde, je m’impose, après les poses fin d’espèce, je pose humaniste, je  braille la lippe larmoyante, je pose acnéique et obscène et fuck le système, je pose dans les clous, une pause hors piste, la pose est triste hélas, et j’en connais tous les cuivres, le saxophone de biais, je me pose au centre de la scène, je me pose là comme une clé de sol qui se dérobe, des poses mineures, majeures, des bas de gamme, je pose du neuf déballé d’un vieux carton,  une pose, un objectif, un placement de produit, il te faut un créneau,  après une page de publicité, dis-moi ce que tu poses et je te dirai qui tu ne seras jamais, tu tends vers la pose adverse, ton carrelage, tu l’alignes, tu poses bourgeois fin de siècle, dandy speedé, jeune décoiffé, vieux en salopette, poète, tu poses entre deux âges, tu hésites sur la pose, tu poses gun en goguette ou animal en laisse, tu te laisses influencer par une pause plus courte, tu changes de pose, tu t’ennuies, tu t’ennuies et tu angoisses, on te vole ta pose, on pose mieux, on invente des poses qui te dépassent, tu déploies le champagne, tu te défonces à la poudre blanche,  tu poses en rond jusqu’à ce qu’on te dépose devant un écran, Lire la suite