Intérieurs

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Leonor FINI

……

j’essaie de trouver comment vivre 

dans d’autres coins de ma tête

je suis plusieurs filles 

et quelques hommes à la fois

je suis une violence faite à ma mère 

qui était une violence faite à la sienne

la violence est une cave déserte

on ne se remet jamais

d’avoir trahi 

la journée a un goût de miel

dans ma tête le jaune viole un homme

accroché dans une cave 

l’homme pleure 

à cause de toutes les filles qui sont en lui

———–

Übersetzung C. L.

ich versuche herauszufinden

wie ich in anderen Ecken 

meines Kopfes leben könnte

ich bin mehrere Mädchen 

und einige Männer zugleich

ich bin eine Gewalt

die meiner Mutter angetan wurde 

die eine Gewalt gegen ihre eigene war

Gewalt ist ein verlassener Keller

man erholt sich nie davon 

verraten zu haben

der Tag schmeckt nach Honig

in meinem Kopf 

vergewaltigt das Gelb einen Mann

der in einem Keller hängt

der Mann weint 

wegen all der Mädchen in ihm

Quello che ci vorrebbe / Ce qu’il faudrait

Devin Leonardi

Quello che ci vorrebbe

Ci vorrebbe che ci sia qualcun altro a vivere a posto mio

qualcuno che si arrampichi sul melo senza avere le vertigini

qualcuno che sappia parlare alla gente 

come se la conoscesse e la capisse 

ci vorrebbe che ci sia qualcun altro ad alzarsi la mattina 

qualcuno che beve il caffè senza latte 

e poi mangia il cornetto farcito 

qualcuno che apra tutte le finestre prima di andarsene 

ad acquistare un po’ di lusso e specchiarsi all’aperto 

ci vorrebbe che ci sia qualcun altro ad apparire alla gente a posto mio 

qualcuno che non abbia fretta 

che non fosse seduto per terra 

perso tra mondi che si sovrappongono 

ci vorrebbe che ci sia qualcun altro ad incastrarsi al mio posto 

nella giornata tra uomini e donne che camminano lungo la via 

pieni di pensieri sparsi e conoscenze precise sull’aeronautica 

e sui mille modi per ingannare il tempo 

ci vorrebbe che ci sia qualcun altro a sorridere al mio posto 

e che io possa riposarmi tra l’iris di palude, la salcerella 

e il giunco fiorito e la sera, tornarmene a casa meno sconfitta 

con altre parole e gli occhi del gabbiano 

o perlomeno con la superbia del piccione

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Ce qu’il faudrait

Il faudrait qu’il y ait quelqu’un d’autre pour vivre à ma place

quelqu’un qui puisse grimper au pommier sans avoir le vertige

quelqu’un qui sache parler aux gens 

comme s’il les connaissait et les comprenait 

il faudrait quelqu’un d’autre pour se lever le matin 

quelqu’un qui boive le café sans lait 

et mange ensuite le croissant farci 

quelqu’un qui ouvre toutes les fenêtres avant de partir 

pour s’offrir un peu de luxe et se mirer au dehors 

il faudrait que quelqu’un d’autre apparaisse aux gens à ma place 

quelqu’un qui ne soit pas pressé 

qui ne soit pas assis sur le sol 

perdu entre des mondes qui se chevauchent 

il faudrait quelqu’un d’autre pour s’emboîter à ma place 

dans la journée parmi les hommes et les femmes qui marchent dans la rue 

pleins de pensées éparses et de connaissances précises sur l’aéronautique 

et les mille façons de tromper le temps 

il faudrait quelqu’un d’autre pour sourire à ma place 

et que je puisse me reposer entre l’iris des marais, la salicaire

et le jonc fleuri, et le soir, rentrer chez moi moins vaincue 

avec d’autres mots et les yeux de la mouette 

ou du moins avec la superbe du pigeon

Billet d’humeur, 18 avril 2020

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Alyssa A. De Luccia

Oui. Non. Si. Peut-être. Non. Non. Éventuellement. Non. Il y en a qui pensent. Qui savent. Qui pensent. Qui ne savent pas. Qui sont cuits. Tièdes. À point. Sans ail. Des convictions. Des cris. Des pleurs. De belles histoires. Tristes. De beaux draps. Des ministres. Surmenés. Des achats superflus. Des indigents. Des risques. Des cas. D’autres cas. Des vérités partielles. Des philosophes. Des vérités totales. Des médecins. Des à plaindre. Des sans. Des moins à plaindre. Des moines. Des plinthes. À nettoyer. Calmer. Angoisser. Escales. Sur un rebord de fenêtre. Des jonquilles. Des va-et-vient. Des tours de salon. Des infirmiers.

Des hyènes. Des voisins méfiants. Des animaux de compagnie. Des carottes. Des infirmières. Des salades de carottes. Des salades de mots. Des téléphones. Des coups. Des réseaux. Des journées. Des mots qui. Des mots que. Des morts. Des morts dont. Des aides-soignants. Des caissières. Des frontières. Guerres. Du vide. Du temps. Du vide et du temps. À laisser vide. Le temps. Plein de trous. Du temps trou. Des vides de temps troué. Qui avancent. De date. Des nouvelles du, de la. Des pays. Des pays et des gens. De l’argent. Des gens. Des chiffres.

Des invisibles. Ennemis. Imprévisibles. Des néants. Des trous. De temps. Des trous de néant. Des questions. Raisons. Sans raison. Sans tort. Avec des jeux. Des roues. Des trous. Des roues. Des trous. Des dés. Des dés troués roués de coups. Des hasards. Un sourire. Un jour. Encore un jour. Ordinaire.

Herbst 2/Automne 2, 19 octobre (se traduire)

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Lysiane Schlechter

————–

Herbst 2

Der Winter, noch ungeboren

du im Möglichen

in Städten mit Regen

auf Bürgersteigen

abgenutzte Schuhe

zweiköpfige Gestalten

Menschen mit grauer Grammatik

Verben wie Zitterpappeln

ohne Satzergänzungen

Kinder

Etappen überspringend

an den Schnürsenkeln

Träume von Grenzen

Palisaden mit blutigen Blättern

Windstöße als Liebeserklärungen

du denkst, wie das Laub

in goldgelb

malst Paläste in den Himmel

als gäbe es Könige

– – –

Automne 2

L’hiver, non encore né

tu habites le possible

dans des villes où il pleut

sur les trottoirs

chaussures usées

figures à deux têtes

passants à grammaire grise

des verbes comme des

peupliers tremblants

sans compléments

enfants sautant les étapes

aux lacets des rêves de frontières

palissades aux feuilles ensanglantées

rafales de vent en guise de déclarations

d’amour

tel le feuillage tu penses

en jaune doré

tu peins dans le ciel des palais

comme s’il y avait des rois

Herbst, 13/10

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Fiona Rae

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die Aster, violett

sich ausbreitend

völlig ahnungslos

du nicht

der Herbst

seine Pflanzen gießend

nicht du

nagelst unbewusst

Träume an die Wand

von hellgrau bis gewerbetüchtig

die Tritte des schönsten Rehs

die Luft mit den

Segeln der Kraniche

du ohne Flügel

Nässe an den Federn

wartest vor dem Fenster

die tiefrote Färbung

des Wilden Weins

wie ein brennender Gottessohn

vom Sterben erleuchtet

nicht du

wartest nicht auf Weinbeeren

Ecrire, août 2019

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Françoise Gilot

Ecrire comme on casse des pierres

au marteau-piqueur pour extirper

à la langue ce que la vie cache

sous l’écorce de terre

sortir de la gangue alphabétique

de quoi tenir encore un jour

parce que la délivrance viendra

au bout des mots

écrire comme celui qui cherche

la formule universelle

pour comprendre toutes les pensées

retourner l’intelligence

contre elle-même

l’anéantir pour lui faire cracher

le sens des aiguilles

pour lui faire admettre

qu’elle n’ira nulle part

hors de ce monde

écrire pour entériner la défaite

quotidienne

pour recommencer à échouer

écrire pour apprendre le saut de puce

dans l’univers

pour reproduire les couleurs

qu’on a cru voir

écrire pour tracer des lignes

parce qu’on a des mains

écrire le silence qui  assourdissant

tombe du ciel comme la bruine

écrire parce que les pas s’ajoutent

aux pattes de chats dans l’herbe

aux miaulements inaudibles

écrire pour se confondre

avec les paragraphes

et finir par savoir ce que l’on pense

avant de replonger dans un fouillis

de vers de vase

à lutter contre la rouille des hameçons

Matins, août 2019

The-Country-Road
Harald Sohlberg

La maison dort

La matinée faseye

Je vois se lever un jour

vieux comme les millénaires

prendre son élan

vague qui va bientôt se briser

contre le bitume

je vais creuser des grottes

au creux de ces heures

le gazon n’est pas tondu

les perles de rosée scintillent

des fleurs aux longues tiges

refermées pour la nuit

que personne n’a plantées

pointent vers le ciel

elles attendent une lumière

plus vive pour s’ouvrir

je vais patienter avec elles

quand elles se déploieront

que le vert se couvrira de jaune

me faire un café

mais je me souviens

que je n’ai plus de machine

depuis trois jours ne me restent

que les dosettes

je laisse flotter dans l’air

un moment encore

l’idée de café

Autoportrait (à la manière de…), Août 2019

 

24SHERMAN-jumbo
Cindy Sherman

 

Je ne sais pas si je suis quelqu’un de triste ou quelqu’un de gai.

Je suis souvent malade.

La vie m’a appris à ne rien faire.

Adolescente, j’ai aimé attendre l’autobus.

Quand il y a des frites, je ne mange que les frites.

J’ai aimé mon père jusqu’à l’âge de 11 ans.

Je ne me souviens pas avoir aimé ma mère. Elle était là. C’est tout.

J’ai eu honte d’avoir mes règles. Je ne l’ai dit à personne pendant un an.

Je ne me suis jamais sentie actrice de ma vie.

Je suis une tragédie.

Je le prends avec humour.

Entre les deux, je m’ennuie.