Journal, 9 févr.

Dehors la tempête fait rage. Des rafales de vent très violentes font s’agiter arbres et arbustes. Je regarde la pluie à ma fenêtre, immobilisée par une mauvaise grippe, et je contemple les rideaux d’eau qui changent de direction, fouettés par l’invisible. Le vent hurle si fort que ses arpèges traversent les murs. Malgré la grisaille et la désolation, le spectacle offert a quelque chose d’hypnotique. J’ai dans les mains le livre d’Emmanuel Bove, Mes amis, commencé il y a quelques jours. Mais je ne suis pas sûre de vouloir l’ouvrir aujourd’hui. C’est un des livres les plus tristes que j’aie jamais lus.

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Journal, 6 févr.

J’attrape des bribes à la radio… Hillary Clinton toujours méfiante envers la presse… il faudra voir comment la marque Sanders va se positionner en face de la marque Clinton… les soutiens naturels de Clinton, les femmes qui ont partagé ses combats.

Dehors, le soleil brille après des journées de grisaille et de pluie fine. J’entre dans le bureau de voyage. Je n’ai jamais visité Prague. J’irai quelques jours à Prague. Bientôt.

Je continue de lire un de mes nombreux livres en lecture, Mes amis, d’Emmanuel Bove. Depuis le temps que j’entends parler de ce livre. Sa mère était luxembourgeoise, m’a dit la première personne à m’en avoir parlé il y a des années.

 

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Journal, 5 févr.

Un jeune homme à la porte. Large sourire. Visage poupin, grand, légèrement enrobé, lunettes sur le nez.  Bonjour je viens de Normandie, j’étais passé l’année dernière vous présenter nos produits, vous vous souvenez de moi ? Vous m’aviez pris des pommes de terre. Cette année j’ai aussi des carottes, mais attention, pas de terre, des carottes de sable, plantées dans une terre sablonneuse. Et puis les échalotes, l’ail bien sûr, le cidre, je n’en ai plus, j’ai tout vendu. Il me fait goûter une nouvelle variété de pommes, avec un léger goût de poire. Je n’ai pas besoin de pommes de terre, j’en achète vingt-cinq kilos. Je lui prends encore 8 kilos de pommes (le minimum c’est seize normalement, mais je peux vous en donner la moitié). Il me met les pommes de terre dans le garage, les pommes à côté. Il m’a laissé la caisse avec les 16 kilos, je vous les fais au prix de huit, puisque vous m’avez fait la gentillesse d’acheter mes produits deux années de suite.

Il vient de Caen.

Qu’est-ce que je vais faire avec tout ça ?

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Billet d’humeur, 3 février

 

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Il y a, et puis non, presque d’abord, aux abords de la toile, des oppositions beurrées, fleurs hilarantes de la nuit, ou était-ce corbeau, qui crache des notes dans les coins sombres des lits à couverture de sable, feuilletées les crêpes d’en bas ne se tournent ni facilement ni docilement ni délivrance ou délation pour les papilles dégoûtées du charlatanisme pâtissier, il faudrait, dit-il, se manger les uns les autres pour se dire les choses de l’intérieur sans passer par la porte, il y a des antennes qui ne trompent pas, le monde est plein de ces grains qui gonflent, le sel n’y est pour rien, aux abords de la toile, il y a, et puis non, rien, il n’y a rien, qui bouge, rien.