Journal 4-14 novembre — Israël / Palestine (3/4)

Jérusalem, en fait une aberration comme ville, en principe les grandes villes sont construites de façon stratégique autour d’un fleuve, pas celle-ci, qui n’a pas grand chose pour elle, mais c’est devenu la ville que se disputent tant de gens. Nous y entrons traversant un de ces fameux checkpoints installés partout où territoire israélien et palestinien se côtoient, nous ne sommes pas Palestiniens, nous entrons sans problème. Le mur d’enceinte de la vieille ville, nous entrons par la porte de Jaffa, nous nous retrouvons dans le quartier juif, je suis éblouie par les rues et ruelles de la vieille ville arpentées par des juifs orthodoxes livres sous le bras, écoliers, femmes entourées de leur nombreuse progéniture, nous traversons, arrivons dans le quartier arménien, puis le bazar arabe, c’est beau les vieilles villes, on y respire un air d’antan imaginaire qui émeut les sens, nous voyons la coupole dorée du dôme du Rocher sur le mont du Temple.  En tant que non-musulmans, nous n’avons pas le droit d’entrer dans les deux mosquées se situant sur le mont, nous nous contentons de descendre vers le mur des lamentations où nous observons les Juifs et les Juives prier, les hommes d’un côté, les femmes de l’autre, avec ce mouvement d’avant en arrière, ce balancement du corps qui a donné au mur son nom, puisque pour le non initié, la prière juive ainsi exécutée ressemble à une lamentation.

Ensuite le mont des Oliviers, le long de sa pente, le vaste cimetière juif très prisé, y être enterré signifie être parmi les premiers à entrer dans le royaume céleste, nous descendons vers le jardin de Gethsemani et la basilique y attenante, j’ai ma dose de christianisme, je n’écoute plus que d’une demi-oreille toutes ces histoires de baiser de Judas et autres, j’attends de pouvoir assister au début du Shabbat dans la Grande synagogue de Jérusalem, mais nous ratons la cérémonie parce que nous arrivons en retard, et j’en suis bien fâchée, nous voyons les Juifs endimanchés sortir de la synagogue, on nous permet d’entrer et de jeter un coup d’œil au lieu, puis nous rentrons à notre hôtel, à Bethlehem, en territoire palestinien.

Au lieu de fleurs, j’apprends que les juifs mettent des cailloux sur leurs tombes, un caillou déposé signifiant qu’on pense au défunt, les tombes rectangulaires recouvrant le flanc du mont des Oliviers parsemées de cailloux et de pierres. Le corps est enveloppé dans un linceul et jeté directement en terre, pas de cercueil, retour à la terre, selon les préceptes de la Bible. Et je comprends combien encore plus perverse et abjecte était l’idée des fours crématoires nazis quand on me dit que dans la croyance juive, l’incinération est interdite, il faut que le corps reste intact pour traverser vers l’au-delà.

Le lendemain, visite de la Knesset, le parlement israélien. Un sympathique jeune homme, américano-israélien, nous fait visiter, tableau sur lequel sont affichés les 120 députés élus, 120 en référence aux 12 tribus d’Israël. Si le député est à la Knesset, sa photo s’illumine, quand il sort, elle s’éteint. Grande transparence du travail des élus, chaque citoyen peut suivre sur le site du parlement les faits et gestes et votes de ses élus. Un exemple de démocratie. Oui, malheureusement seulement pour les Juifs, me répondra une Arabe chrétienne. Une salle avec trois grandes tapisseries de Chagall, à qui on les avait demandées, exécutées entre 1960 et 1968, des scènes bibliques, dans le style surréaliste primitif, chromatiquement riche qui caractérise le peintre, par terre, 12 mosaïques du même Chagall. Nous entrons dans la grande salle, où siègent les parlementaires, vide à ce moment-là, on nous projette un film sur la naissance de l’Etat d’Israël.

Je sors avec tout de même un sentiment d’admiration, ils ont réussi à en faire quelque chose, de ce bout de terre plus ou moins désertique, ces Israéliens. Mais l’art et la manière dont ça a été fait et continue d’être fait laisse un arrière-goût amer.

Et justement, cet arrière-goût amer revient lorsque nous allons visiter une école arabe à Shefar’am. Une école privée chrétienne. Nous sommes accueillis de manière extrêmement chaleureuse sous les applaudissements des élèves, tous en t-shirt mauve au logo de l’école et jeans bleus également au logo incrusté. On nous présente l’école, les enseignantes ont l’excellente idée d’attacher à chacun de nos élèves un ou une des leurs pour la visite de la ville qu’ils ont organisée. À la fin, formidables moments de communion humaine quand les élèves arabes se mettent à entonner des chansons typiques et les nôtres répondent par des chansons populaires luxembourgeoises.

Visite de la vieille ville, de la vieille synagogue, de la mosquée, de deux églises, d’une vieille presse à huile, de la pharmacie pour moi et N., essayant de trouver une solution pour deux de nos gaillards ayant viré couleur craie et se sentant en veine de vomissements. On nous offre des glaces et l’école organise pour nous un déjeuner.

Les discussions avec les uns et les autres nous font comprendre que tout n’est pas facile par ici, l’école a très peu de moyens, ils n’ont pas de laboratoires de sciences dignes de ce nom, très peu de financement par l’Etat israélien des écoles arabes, qu’elles soient publiques ou privées, les écoles juives sont privilégiées, les élèves sont arabes et font leur lycée en arabe, apprennent l’hébreu, l’anglais, langue dans laquelle nous avons conversé, et s’ils veulent faire des études supérieures, sont obligés d’atteindre un très bon niveau en hébreu puisqu’il n’y a pas d’université arabophone sur le territoire israélien. Un enseignant m’explique que sur le papier les Arabes ont les mêmes droits mais dans la réalité il y a bien des discriminations. Il y a des zones où en tant qu’Arabe, on ne vous vend pas de terrain. Only for Jews. J’en ai froid dans le dos, d’entendre ça. Nous n’avons pas le droit de construire sur nos terres, dit tristement une femme. Elle dit qu’elle veut la paix, mais qu’elle n’y croit plus vraiment. Chacun essaie de s’en sortir comme il peut, on comprend que les choses ne sont pas simples. Ils se sentent constamment citoyens de seconde zone.

Dans une des églises, un prêtre nous fait un exposé, et on m’indique l’endroit où il habite avec sa femme et ses enfants. Je deviens un gros point d’interrogation. Un prêtre catholique ? Je demande l’explication à notre théologien, c’est l’église maronite d’ici, qui a demandé à être affiliée à l’église romaine mais à la condition qu’ils puissent garder leurs anciennes coutumes, le mariage des prêtres en étant une.

Je me mets à discuter avec quelques élèves, les garçons interrogés veulent faire des études scientifiques, informatiques, nouvelles technologies. On en vient à parler de la situation politique et là ils rigolent et disent qu’ils ne sont pas forcément d’accord entre eux, l’une des filles plus militante souhaite un Etat palestinien pour que cesse cette humiliation constante, un garçon réplique qu’ils ne sont pas d’accord là-dessus, lui préfère vivre en Israël en tant qu’Arabe chrétien plutôt que dans un état palestinien musulman. En Israël, bien des choses fonctionnent, dit-il. Ils rigolent, ils sont amis mais les discussions politiques sont hautes en couleurs, même entre eux.

Autre expérience édifiante quant à la situation politique et les problèmes des Palestiniens, à Bethlehem, lorsqu’en territoire palestinien, nous visitons un hôpital et le responsable des relations publiques accepte de répondre à nos questions. Le mur qu’Israël a construit tout le long de la green line pour séparer Israël des territoires palestiniens est un grand problème. Le vol de terres, le mur ne se situant pas sur la ligne, mais parfois même à 20 km à l’intérieur des terres palestiniennes, les manifestations réprimées, les jeunes qui n’ont rien à faire par ici, et qui, dit-il, vont parfois dans des manifestations où ils risquent de se faire tuer juste par ennui. Il n’y a rien ici, dit-il. La moitié de la population palestinienne, estimée à 8 millions d’habitants, a moins de 18 ans. Je me dis que vu sous cet angle, ils sont assis sur une poudrière. Il acquiesce, il déplore la vue israélienne à court terme, la seule réponse à chaque fois, la répression. Il raconte l’épisode d’un jeune garçon de 12 ans qui, il n’y a pas si longtemps, s’est précipité sur un soldat israélien avec un couteau. Le garçon a été abattu et la répression renforcée. Et l’homme de conclure : au lieu de se demander ce qui ne va pas pour qu’un garçon de 12 ans puisse en venir à de tels actes.

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