Journal 4-14 novembre — Israël / Palestine (2/4)

Ensuite, en vrac, une carcasse de VW Käfer dans un arbre, la Mer morte et son pourcentage de sel où on s’enfonce dans la boue, la femme qui à Jérusalem devant le Mur des lamentations hurle à qui veut l’entendre la promesse de Dieu faite aux Juifs, Israël est à nous, la terre que Dieu nous a promise, une demi-folle vociférant.

Rencontre avec une activiste israélienne juive d’une ONG pacifiste, qui nous explique la situation des territoires occupés, qu’il faut rendre si les Juifs veulent avoir un jour la paix, dit-elle, difficultés expliquées, les Israéliens ne veulent pas annexer la Cisjordanie sinon ils devraient donner les mêmes droits aux Arabes que ceux dont jouissent les Israéliens, le droit de vote par exemple, Israël préfère les occuper, en profiter sans les annexer. Elle dit qu’elle a de plus en plus de difficultés à faire entendre sa voix, la droitisation des esprits en marche, elle et ses semblables considérés de plus en plus comme traîtres à la cause juive, et les Palestiniens qui travaillaient avec eux jadis, de moins en moins prêts à collaborer, on vous a fait confiance, et le résultat est qu’on s’enfonce de plus en plus dans la misère, pourquoi continuerions-nous à vous faire confiance, donc maintenant méfiance partout. Elle sait que la seule solution viable, ce sont deux états et la restitution des territoires occupés, mais cette voix est de moins en moins audible en Israël, de moins en moins souhaitée. Pas de censure, mais des pressions. Elle nous montre une carte de la Cisjordanie, avec toujours plus de colonies juives sortant de terre comme des champignons, le gouvernement encourageant ces colonies par des aides d’installation en tout genre, financières entre autres. (Source : Nations Unies – La Cisjordanie, depuis les accords d’Oslo, répartie en 3 zones, A, B, et C. L’Accord intérimaire sur la Cisjordanie et la bande de Gaza de 1995 (également connu sous le nom d’accord « Oslo II ») entérine la répartition en trois zones des territoires de la Cisjordanie : les zones A, B et C.

La zone A (qui recouvre aujourd’hui environ 18% de la superficie totale des territoires et regroupe près de 50% de la population) est sous le contrôle civil et militaire palestinien et englobe les grandes villes, à l’exception d’Hébron, qui est en partie sous contrôle de l’armée israélienne. La zone B (actuellement près de 18% du territoire, et environ 40% de la population) est sous contrôle civil palestinien et sous contrôle militaire conjoint israélo-palestinien et comprend essentiellement des communes rurales et des villages. La zone C (qui représente aujourd’hui à peu près 60% du territoire, et abrite environ 6% de la population) est la seule bande de terre continue, et se trouve entièrement sous contrôle israélien, tant au plan civil que militaire. Ces territoires se composent avant tout de zones peu peuplées, de villages palestiniens et de colonies israéliennes. L’accord Oslo II était conçu au départ pour une période de transition de cinq ans, au terme desquels devait exister un Etat palestinien souverain. Les zones C devaient être progressivement converties en zones A et B. Cette étape n’a toujours pas été accomplie à ce jour.)

Époustouflant, le site de Qumran, où ont été trouvés ce qu’on appelle les manuscrits de la Mer morte, vus plus tard au musée de Jérusalem, magnificence minérale de grottes et de désert, le souffle coupé devant cette gigantesque sculpture naturelle. L’ endroit donc où on a retrouvé dans des grottes des manuscrits bibliques datant pour certains du Ier siècle avant notre ère.

Continuation vers Arad, où le matin suivant, incrédule, j’apprends l’élection de Trump de la bouche de la gérante de l’auberge qui s’en réjouit, et qui m’explique que Trump va remettre de l’ordre aux Etats-Unis, le chaos des dernières années avec tous ces étrangers allant et venant, pas bien, comme Bibi Netanyahou (elle l’appelle affectueusement Bibi) a remis de l’ordre en Israël. Je lui demande ce que ça veut dire, elle me répond qu’il y avait trop d’étrangers en Israël, trop de Palestiniens qui bradaient les salaires, Bibi a légiféré, là je n’ai pas trop compris comment, mais il faut dire que j’avais ma dose, la dame, une blonde décolorée et excessivement maquillée, la soixantaine entamée à vue d’oeil, venue de France à cinq ans, me sert encore quelques clichés d’extrême droite, et je prends congé avec un sourire, toujours sous le choc de l’élection américaine. Je me crois dans un mauvais film, j’attends que ça se remette en place, ma naïveté ne me l’avait pas fait envisager, je ne la retenais tout simplement pas possible, cette victoire, j’attends que tout redevienne normal, j’ai repensé à deux articles lus quelques mois auparavant, Michael Moore, Why Trump will win, texte que j’avais lu comme une provocation et un appel à la mobilisation, sans plus, et un autre qui disait que l’élite politique était trop coupée des réalités, et qu’ils allaient le payer, tous ces démocrates bien-pensants néolibéraux aux idées progressistes vivant richement dans leurs quartiers, Obama compris, bourgeoisie aux nobles idées ne faisant cependant rien pour l’Amérique d’en bas, les petites gens, blancs ou noirs, les violences contre les Noirs ayant même augmenté ces dernières années, je pense à tout ça, et je me dis que sans une gauche digne de ce nom qui s’organise, le populisme et l’extrême droite ont de belles années devant eux, je me dis, encore incrédule, que Bernie Sanders, et que Clinton aurait pu, dû, tirer des leçons de sa popularité au lieu de l’ignorer, mais voilà, elle défend le système en place, de plus en plus économiquement libéral et vendu comme inamovible, Trump donc, le milliardaire qui promet tout et n’importe quoi, d’aider les riches, de protéger les pauvres, de rendre au mâle blanc américain sa dignité, Trump donc, sous le choc et le soleil d’Arad. Deux juifs orthodoxes en manteau noir chapeau noir chemise blanche et bouclettes aux tempes traversent la rue, il paraît qu’il y en a beaucoup dans cette ville à cause des prix abordables de l’immobilier et des loyers, puis Netanyahou qui s’empresse de saluer l’élection de Trump et de se réjouir que la solution des deux Etats semble ainsi bel et bien enterrée.

Notre guide juive, effondrée par la nouvelle, m’explique que le fait que la fille de Trump ait épousé un juif et se soit même convertie au judaïsme est considéré par bien des Israéliens comme un atout favorable à Israël.

Qasr el Yahud, sur la route entre Jericho et Jerusalem, là où a été décrété le lieu du baptême de Jésus, endroit surréaliste, le Jourdain ici à peine 5 mètres de large, le fleuve qui marque la frontière avec la Jordanie, un escalier pour descendre vers l’eau, des soldats israéliens armés jusqu’aux dents d’un côté, nous sommes en zone militaire, Jordaniens sur l’autre rive, et au milieu, deux groupes d’illuminés brésiliens et ukrainiens, affublés d’une longue tunique blanche, rejouant le baptême du Christ en se plongeant les uns après les autres dans une eau boueuse et sale, sortant la tête de l’eau sous les applaudissements, les chants et les prières des autres membres du cénacle. Il y a aussi des toilettes.

En longeant le Jourdain, des kilomètres et des kilomètres de fil barbelé pour protéger la frontière, fil relié à un alarme, l’armée, l’aviation israéliennes prêtes à intervenir en cas de contrevenants, nous traversons la Cisjordanie et longeons des villages palestiniens, des déchets parsemant le bord de la chaussée aux alentours de ces villages.

En route vers Jérusalem, le désert, je suis fascinée par le paysage minéral aride, les formes qui s’érigent et se tassent. Avant d’arriver à Jérusalem, des deux côtés de la route, de petits villages rapiécés, huttes en tôle, enfants et chèvres courant entre cailloux et terre, on dirait les bidonvilles indiens que j’ai traversés, ici ce sont les huttes des bédouins.

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