Journal 31 oct-3 nov.

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Castelluccio, Umbria

31 octobre

Norcia, la basilique San Benedetto. XIIIe siècle. Effondrée. Il ne reste que la façade. Saint Benoît, fondateur de l’ordre des Bénédictins, né en Ombrie à Norcia vers 480. Castelluccio, le pittoresque village des Appennins, rasé. Mal au cœur. Mal aux pierres. La peur chez les miens. Le cauchemar de 1997 dans les mémoires. Cette fois la terre tremble heureusement moins chez eux, plus de peur que de mal cette fois, c’est soixante kilomètres plus bas que les catastrophes s’accumulent. Du patrimoine inestimable parti en fumée, des vies brisées. Ça m’attriste tellement, toutes ces images. Les plaques tectoniques n’en ont cure.

1 novembre

L’image de mon beau-père devant sa maisonnette de campagne en bois, les grosses pinces à grillade en main, sa chemise à carreaux verts, il s’avance vers le grill… cette image récurrente aujourd’hui devant sa tombe, aucune idée pourquoi celle-là… sur le marbre gris anthracite, un joli pot de fleurs en forme d’entonnoir rempli de violettes, le soleil d’automne brille, il ne fait pas froid … je pense brièvement à ma tante, trois semaines qu’elle est recouverte de marbre, elle aussi… les yeux se brouillent, j’essaie de faire refluer le liquide lacrimal, je lève la tête au ciel pour que les larmes rentrent dans leur antre, et soudain, je me demande quelle forme il a maintenant, mon beau-père, dans son cercueil, pensée macabre, mais insistante, après deux ans, qu’est-ce qui reste physiquement de lui ?

Je regarde de moins en moins de films. Je ne sais pas pourquoi, question de manque de patience, l’impression de perdre mon temps peut-être (impression stupide puisqu’on ne fait rien d’autre que perdre son temps d’une façon ou d’une autre dans ce bas monde)… quand je prends sur moi d’en regarder un, il faut que j’en aie vraiment envie, ou qu’on m’ait donné vraiment envie de le faire. C’est ainsi que je me suis retrouvée au cinéma devant Toni Erdman, film encensé par la critique qui lui aurait décerné quasi unanimement la palme d’or au dernier festival en vogue. Résultat, pas mal, se regarde sans déplaisir, sans plus. Assez froid, agaçant même, par certains côtés. Quelques scènes qui m’ont vraiment paru sortir du lot. Pas de quoi crier au génie.

Pas vu à sa sortie, Youth de Paolo Sorrentino. Pas compris l’engouement d’il y a quelques années pour La Grande Bellezza, du sous-Fellini, avec une Rome de pacotille, film cliché pour étrangers, quelques scènes réussies bien sûr… mais il y a Il Divo… et l’envie de revoir Michael Caine et Harvey Keitel… je viens donc de voir Youth, une merveille, quelques scènes discutables si on veut faire la fine bouche, ou jouer au cinéphile, mais une merveille de douce mélancolie… la plupart des critiques français l’ont massacré.

2 novembre

Intriguée par une polémique à propos de certains écrivains sur la liste des prix littéraires, mais pas plus intéressée que chaque année par la loterie des prix qui parfois réussit même à primer un livre qui force le respect, je me suis dit… lis-en un quand même, tiens, toi aussi… des 4 finalistes d’un prix au hasard… alors au hasard, tant qu’à faire, tu prends une femme… oh, jolie celle-là, beau sourire… le sujet… ah, intéressant, la presse parle d’un remake des Bonnes de Genet… au final… pourquoi faire de la littérature quand on peut aligner les clichés en phrases courtes… rythme rapide, personnages stéréotypés, un brin de critique sociale (Bourdieu was here), un brin de féminisme orthodoxe, un brin de : il faut forcer le trait pour qu’il y ait du « relief romanesque » je suppose, comme j’ai lu sous la plume d’un représentant de l’édition à un autre propos, le tout très parisiano-parisien, un peu de crime racoleur (on tue des enfants)… très Paris Match comme écriture (ne me demande pas ce que ça veut dire, c’est mon cerveau qui m’a servi cette affirmation)… dommage, le sujet était prometteur… Leila Slimani, Chanson douce, ça s’appelle… Avantage : se lit très vite, s’oublie aussi rapidement, et c’est quand même beaucoup mieux que… au hasard, Paolo Coelho… revenons aux affaires courantes et aux intérêts littéraires personnels…

3 novembre

Le livre anémique et parfaitement dispensable que je viens juste de lire vient d’obtenir le prix Goncourt. Dont acte. Sinon, d’accord avec C. Marcandier qui conclut sur le site Diacritik : « Le roman déçoit et ne laisse aucune trace, le fait divers n’y est jamais cet élément narratif qui pourrait dérégler le récit, lui imprimer sa marque, permettre à l’auteur de jouer avec codes et attendus. Il est calibré, bien trop calibré, jamais subversif ou véritablement dérangeant, jusqu’au pathétique dernier chapitre qui boucle gentiment un récit sans surprise. Certains critiques ont comparé Chanson douce à L’Adversaire et à Claustria, voire à De Sang froid de Truman Capote et même à Simenon et au Genet des Bonnes : on les invite à relire leurs classiques et à rester sobres dans leurs références.» Pas mieux. Mais le « grand public » et la « ménagère » de moins de 70 ans seront ravis. C’est un cadeau de Noël passe-partout, ça ne fait pas de mal. C’est suffisamment bien-pensant pour ne pas déranger, malgré le thème macabre. L’auteur est une femme, d’origine marocaine qui plus est, photogénique, a l’air sympathique, le politiquement correct mélangé à l’efficacité mercantile.

Marketing : 1   – Littérature : 0

Une histoire de gros sous et de magouilles entre maisons d’édition, tous ces prix, on le sait. La littérature, c’est bien beau, mais faut bien remplir les caisses, pardi. Le livre est un article de consommation comme un autre, et on a parfois tendance à l’oublier. Et puis ça crée quand même de l’emploi, et puis les journalistes littéraires ont de quoi discuter, et puis on crée du suspense, et puis les discussions créent du lien social, et puis c’est toujours intéressant les discussions littéraires qui obligent à réfléchir sur la littérature, sa forme etc. et puis, et puis… et chaque année je me fais avoir à lire quand même l’un ou l’autre livre en sélection… donc le battage médiatique porte ses fruits, même chez les plus récalcitrants. Et puis il y a quand même des livres intéressants parfois parmi les sélectionnés… Et puis ça fait passer l’automne.

Et puis les goûts et les goûts et certaines couleurs.

Ça me rappelle que j’ai deux nouvelles qui traînent et qui attendent que je daigne leur trouver une fin. Sinon, une nouvelle sans fin, c’est bien aussi. Qui a dit qu’il fallait… ? Ça me rappelle que j’ai un roman qui traîne chez l’éditeur et dont il serait temps que je demande des nouvelles aussi.

Ça me rappelle que j’ai aussi autre chose à faire que d’écrire un journal sans queue ni tête pour un blog en ce moment. Ça me rappelle que j’ai toujours su parler pour ne rien dire. Ça me rappelle qu’il y en a qui savent mieux parler pour ne rien dire que moi. Ça me rappelle qu’il faut des chaussettes bleues pour ces chaussures-là. Et que le panneau de vigne rouge dehors vient de perdre en quelques jours toutes ces couleurs. Ça me rappelle qu’il faut que je boucle une valise.

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