Billet d’humeur, 11 octobre

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Guerrilla Girls

le rideau de pluie pleure silencieux le vert s’aggrave le long des prés s’assombrit pour faire le deuil de l’été qui est venu se répandre encore un peu sur nos têtes des sentiments qui ne se cabrent jamais ne faut pas vivre la vie des bêtes à la limite celle des oiseaux faudrait que la vie en moi cesse que la joie m’illumine que je rayonne comme un soleil de l’intérieur que tout soit léger le poids d’une plume dansante le vent reste silencieux ce matin la pluie tombe droite il est des douceurs comme des malheurs en berne et puis se hissent à nouveau pour avancer contre vents et marrées nous n’arriverons pas à bon port les ports n’existent pas ou sont des étapes intermédiaires entre soi et le monde aucune joie qui ne vogue vers l’infini et se brise au loin contre des esquifs pointus parfois la mer est calme parfois la tempête se tapit au fond d’une phrase ou d’un regard parfois on aimerait ne pas vivre de cette façon ou ne pas être né de cette façon et soudain la joie jaillit d’un éclair intérieur et on ne sait pas d’où elle vient on ne sait pas où elle a puisé son intensité peut-être au fond du gouffre a-t-elle ramassé les morceaux épars et puis comme une flèche est venue se planter dans l’œil n’arrive pas à dormir pour oublier l’oubli viendra et il aura les yeux de la mort il faudra l’attendre et la redouter ne sert à rien de panser ses blessures il n’y a pas de carte de visite du malheur il se pointe aux heures du matin d’insomnie et puis loge dans la maison comme bon lui semble il ne se préoccupe d’aucune logique n’a aucun savoir-vivre se contrefiche des bonnes manières de la bienséance il arrive et enfonce ses crocs et la force pour l’en déloger on ne sait pas où aller la chercher peut-être dans la répétition des mêmes mouvements peut-être dans les fruits de saison en leur enlevant le noyau il n’y a jamais rien de fini ni de commencé rien ne commence jamais sauf l’enfant mais il ne commence pas non plus il prolonge deux êtres pour ne plus en faire qu’un il réduit de moitié les hommes et les femmes une moitié de vous se promène sans être incomplète et alors on se demande à quoi bon un être hybride mais la question ne se pose plus quand il faut aimer rassurer cajoler organiser le nid il y a une irresponsabilité foncière et il faut la réparer la vie n’est pas un cadeau il faut remercier l’enfant de son sacrifice il faut le remercier d’être venu dans le monde pour alléger notre souffrance et augmenter la sienne il n’y a pas d’alternative il faut qu’il vive pour qu’on puisse penser que la douleur est supportable

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