Journal 19 juin- 5 juillet

« Les fragments de vérité que nous pourchassons sont comme des papillons : en cherchant à les fixer, nous les tuons. » Simon Leys, Essais sur la Chine

Presse : « Des gènes zombies se réactivent après la mort. »

L’arachnophobie, cette saloperie, peur reptilienne en face du pauvre animal, hurlement presque inhumain, aigu, remontant du fond des cellules nerveuses, le massacre inévitable, nécessaire, la conscience mauvaise, difficile assassinat car la répulsion pathologique pathétique réaction préhistorique, amen, s’il y a un paradis des araignées, comme il y a un paradis des chiens, et un paradis des cochons d’Inde, pour rassurer ma fille quand elle était petite, et un peu moi-même aussi, peut-être, rien que d’imaginer, l’effet apaisant, les rongeurs sur un nuage ouaté leurs grands yeux de béatitude heureuse.

« Ce que je ne pardonne pas à Dieu ce n’est pas son indifférence ni sa cruauté parce que cela nous en sommes tous capables non c’est son mauvais goût. » Antonio Lobo Antunes, De la nature des dieux.

Presse : ‘’ Valentina war lange in einen Kran verliebt, Auch Objektsexuelle haben Gefühlsschwankungen. ,,

Le bel après-midi, pour une fois le soleil, les oiseaux viennent picorer l’installation granulée de M., petites mésanges, alouettes, la tarte à la rhubarbe nouvelle recette, un pur délice, l’arbre ne jette pas suffisamment d’ombre, reculer les chaises, les enfants jouent au ballon, cris, vociférations, puis l’ennui, et ils partent sur leurs vélos voir si d’aventure l’herbe ne serait pas plus verte de l’autre côté de la rue.

La Grande-Bretagne vote, référendum, Brexit. De Gaulle avait deux fois sorti son veto pour ne pas les faire entrer dans l’Union européenne. Presque sûre qu’ils vont trouver un moyen de sortir sans sortir. Et puis la guignolesque attitude des brexiteurs, shit, on a gagné, zut, qu’est-ce qu’on fait maintenant ? On démissionne, on laisse les autres s’occuper du marasme… Farage s‘en retourne à ses moutons. (dans la tête, la chanson d’XTC,We’re only making plans for Nigel, We only want what’s best for him,We’re only making plans for Nigel, Nigel just needs that helping hand, And if young Nigel says he’s happy, He must be happy, He must be happy, He must be happy in his work). Merkel et Schäuble flairent l’opportunité d’asseoir encore mieux leur pouvoir. Et moi j’espère toujours que ce départ de l’aile néolibérale britannique fasse du bien à l’idée de la social-démocratie. Mais l’inverse semble se dessiner. La loi de Murphy, parmi plusieurs hypothèses, c’est la pire qui se etc.

Interview d’Eribon dans Die Zeit : Les gens qui ne se sentent plus représentés par aucun parti votent extrême droite. Ils ne votent pas forcément pour, mais contre. Avant, les ouvriers votaient communiste, mais aujourd’hui ils ne sont pris en compte par aucun parti. La gauche ne les représente plus. Et ils n’ont aucun problème avec la xénophobie. Le Brexit, la classe ouvrière qui se révolte. Par xénophobie, mais aussi par ras-le-bol. Il n’aurait pas su lui-même quoi voter, il aurait voté oui et non, oui, à cause des dérives dictatoriales et libérales de l’U.E., non parce que ce n’est qu’ensemble qu’on peut agir.Il parle de sa famille ouvrière, de sa mère qui vote FN sans états d’âme, de la politique ultra-libérale qui accentue ce phénomène, de sa peur du nationalisme, même à gauche, de sa conviction que le libéralisme ne peut pas être combattu au niveau national, mais qu’il faut une réponse supranationale vu la mondialisation.

« Um ihn gefährlich zu machen, muss man den Hass rationalisieren, durch Bibelzitate, Koranzitate, durch politische Vorbilder », je cite de mémoire une phrase lue dernièrement je ne sais plus où.

Festivités au MUDAM, j’arrive trop tard pour le tour de chant de Patti Smith, en sortant, elle passe à côté de moi, je frôle sa veste noire. Et puis je me dis que je n’ai rien raté finalement, je n’ai rien contre, mais quand j’ai vu la vidéo de son quart d’heure de chant, un malaise. Patti Smith, qui représente quand même tout à fait autre chose, en face de représentants de la Cour grand-ducale entourés de leurs courtisans, ministres, petites dames et petits messieurs encravatés de la bonne bourgeoisie venant boire leur coupe de champagne offerte par la maison pour les 10 ans de l’institution et applaudissant à tout rompre la vieille poétesse-sorcière. Contraste cocasse. Mais les artistes ont toujours eu besoin de mécènes. J’ai finalement quand même préféré ne pas voir ça. Mais je suppose que c’est juste moi et mon aversion naturelle pour ce qui est affecté et manque de spontanéité, ou disons, manque d’une certaine honnêteté intellectuelle.

Fait le tour de l’exposition Wim Delvoye, déployée pour l’occasion. Pas mal, un certain artisanat à l’œuvre. J’ai bien aimé certaines salles. Je ne suis pas blasée comme ceux que j’ai entendus le balayer d’un revers de main comme insuffisamment novateur. Retour de l’esthétique et du symbole détourné.

Lecture musicale de nos cadavres exquis superbement organisée par ILL, chouette moment à lire et à écouter les autres dérouler le fil d’une histoire décousue et recousue.

Il y a ceux qui lisent pour se rassurer, et ceux qui lisent pour mettre des mots sur leurs inquiétudes.

Attentat à Bagdad, plus de 200 morts. Que dire de plus que ce qui a déjà été dit pour tous les attentats ? La région est déstabilisée, et pas d’amélioration en vue, on dirait.

Mort d’Elie Wiesel. La Nuit, un livre obligatoire, nécessaire, Pflichtlektüre, comme on dit, mais, là aussi, la vieillesse est un naufrage semblerait-il. Son soutien à une certaine frange de la droite israélienne à la fin, à la recolonisation juive de Jérusalem etc.

Alain Gresh en a parlé dans un article

http://blog.mondediplo.net/2010-04-18-Elie-Wiesel-l-imposteur-et-Jerusalem

et le Courrier International publiait en 2014 un article du journal israélien Haaretz, où le journaliste Yossi Sarid exprime sa déception de voir Wiesel soutenir le mouvement de colonisation Elad. http://www.courrierinternational.com/article/2014/10/22/elie-wiesel-l-ami-des-colons-israeliens

Dans la foulée, Gresh cite également à ce propos un texte d’Isaac Asimov, auteur de science-fiction dont je me souviens vaguement avoir lu un livre à l’école, sans plus, puisque la science-fiction n’est vraiment pas ma tasse de thé, un extrait de son autobiographie Moi, Asimov, formidable extrait sur toutes les questions et persécutions raciales ou religieuses…

http://blog.mondediplo.net/2010-01-18-Isaac-Asimov-Elie-Wiesel-et-l-antisemitisme

« Je me suis publiquement exprimé là-dessus une seule fois, dans des circonstances délicates. C’était en mai 1977. J’étais convié à une table ronde en compagnie notamment d’Elie Wiesel, qui a survécu à l’Holocauste et, depuis, ne sait plus parler d’autre chose. Ce jour-là, il m’a agacé en prétendant qu’on ne pouvait pas faire confiance aux savants, aux techniciens, parce qu’ils avaient contribué à rendre possible l’Holocauste. Voilà bien une généralisation abusive ! Et précisément le genre de propos que tiennent les antisémites : « Je me méfie des Juifs, parce que jadis, des Juifs ont crucifié mon Sauveur. » J’ai laissé les autres débattre un moment en remâchant ma rancœur puis, incapable de me contenir plus longtemps, je suis intervenu : « Monsieur Wiesel, vous faites erreur ; ce n’est pas parce qu’un groupe humain a subi d’atroces persécutions qu’il est par essence bon et innocent. Tout ce que montrent les persécutions, c’est que ce groupe était en position de faiblesse. Si les Juifs avaient été en position de force, qui sait s’ils n’auraient pas pris la place des persécuteurs ? » Isaac Asimov

Mort de Michel Rocard, pour qui j’ai toujours eu de la sympathie, mais il est vrai que je me suis abstenue de l’écouter dernièrement, ceci expliquant peut-être cela, je n’en sais rien. Je pense que c’était tout de même un de ces dinosaures de politiciens à qui on pouvait encore certifier une certaine honnêteté intellectuelle.

Le cinéaste iranien Abbas Kiarostami vient de mourir, lui aussi. Je me souviens m’être promenée avec ses personnages sur des routes de montagne iraniennes. Ce matin, une femme l’évoquait à la radio… il aidait les jeunes cinéastes iraniens où il pouvait… parfois on voyait son nom au générique tout à la fin, sans mise en évidence, parmi nombre d’autres, montage, aide au scénario, disait-elle. Il s’est arrangé avec la censure, mais il n’a pas cédé. Il ne voulait pas quitter son pays. Peintre et poète aussi. C’était un agité, disait-elle, il fallait qu’il fasse quelque chose, peindre, écrire, filmer, photographier.

Ce matin, devant l’aéroport où je déposais quelqu’un, une bouffée d’enfance en traversant le passage piétons… quand nous venions par ici le dimanche avec mes parents, nous promener, pour regarder les avions décoller. Dans la voiture, des larmes silencieuses, des images, des sensations. Inutile de vouloir décortiquer ou trouver la raison.

 

 

 

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