Journal 28-29 mai

28 mai

Terminé provisoirement l’écriture d’une nouvelle.

Lu une nouvelle de Percival Everett où un type cherche un autre type qu’il n’a jamais vu et qui dit s’appeler Billy White Feather, à cause d’une note que ce dernier a clouée sur la porte arrière de sa maison.

29 mai

Plus envie d’écrire ce journal de blog, me force encore un peu pour ne pas donner raison à celui qui m’avait dit : tu verras, tu te lasseras vite. L’impression persistante par ailleurs de n’avoir plus envie d’écrire tout court.

Trop de morts ces dernières semaines dans les parages, et d’annonces de morts prochaines … même le père du voisin vient de mourir, m’a-t-il dit avant-hier, ne viendra donc plus tondre la pelouse dans le jardin de son fils, ne saluera plus lorsque je sors du garage, main levée, hochement de tête. Je ne sais pas comment m’extirper de cette nasse, sentiment de jeu vidéo, boum, encore un par terre, insignifiance de la vie humaine, qu’on sait, mais qu’on ne sent pas de façon aussi implacable la plupart du temps, boum, encore un qui tombe, il faudrait retrouver l’indifférence par rapport au sort, stoïque avancement vers rien, cette importance qu’on se donne pour se convaincre de faire quelques efforts.

Le couloir et les fourmis, depuis deux jours qu’elles entrent, 3, 4 à chaque fois, je les écrase, leur explique que je suis désolée, mais qu’elles ont toute la prairie quand même, et puis, avec tous ces décès rapportés ces dernières semaines, je fais ce rapprochement entre espèces, les humains tombent eux aussi comme des fourmis. Elle n’a rien, elle va se préparer pour l’enterrement de la cousine de maman, l’amie d’enfance de maman, elle ne revient plus, on va voir, elle gît dans la salle de bains, le jour suivant, c’est elle qu’on enterre, puis quelques jours plus tard, son neveu. Ma mère n’en peut plus, elle pleure, elle ne peut pas aller à ces enterrements, trop loin, et elle pleure, et moi je ne sais pas quoi lui dire, sauf que ça me fait tellement de peine pour elle. J’arrive juste à sortir cette phrase idiote dans ce contexte, que philosopher, c’est apprendre à mourir.

Et le pire, la tante en sursis, qu’on a déclarée perdue pour la science. Il faudrait s’extirper de là, de cette masse noire gluante qui recouvre le sol, il faudrait que ça s’enlève avec du produit nettoyant comme la saleté. Elle ne sert à rien cette masse, elle ne fera revenir personne, elle ne changera pas le cours des choses. Si seulement on savait comment s’en débarrasser.

Je lis un article sur un philosophe qui travaille sur l’intelligence artificielle dans Die Zeit, puis un article sur le transhumanisme, je tombe sur une interview de Frieda Hughes dans le Guardian, la fille de Ted Hughes et de Sylvia Plath, elle est peintre et poète, la seule encore vivante puisque son frère est mort en 2009. Suicide, comme sa mère. Comme la femme pour laquelle son père avait quitté sa mère, Assia Wevill, qui s’est tuée en 1969 avec sa fille de 4 ans. Suicidée de la même manière que Plath, mais en emportant sa fille. La seule qui reste, Frieda Hughes, quelqu’un de plutôt optimiste, dit-elle, mais elle n’a pas voulu d’enfants. Les œuvres de ses parents, elle n’a pas voulu les lire avant ses trente ans.

Sur le tournage de ce film, me revient en mémoire ce vieux monsieur, ne faisant vraiment pas son âge, comédien, qui explique à la dame qui l’interroge qu’il a écrit de nombreuses pièces et joué dans ces pièces. La femme lui demande s’il écrit toujours. Il a une espèce de sursaut, secoue la tête et répond que non, comme si c’était une évidence : « Que voulez-vous que j’écrive encore, j’ai tout dit. »

J’ai lu Sylvia Plath, jamais Ted Hughes. Crow peut-être, si demain j’en ai toujours envie, je le commande.

Je ne lis pas de poésie, m’a dit quelqu’un dernièrement. Phrase que j’entends souvent. Moi non plus, la poésie joliment et niaisement poétique, je ne la lis pas non plus, ai-je répondu.

A partir de demain, bac, corrections en série.

Finding Billy White Feather, le titre de la nouvelle.

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