Billet d’humeur, 9 mai

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Markus Lüpertz

suivre la source avancer sur le bout des lèvres il n’y a plus rien à faire sauf s’en remettre à dieu dit la doctoresse à ma tante bien-aimée elle le dit en italien mais on ne veut pas de la traduction pas tout de suite déjà un enterrement la semaine prochaine ne pas y penser mortels on l’a été depuis toujours pas de quoi faire un plat sauf que ça se place quelque part derrière l’œil gauche pèse lourd comme une pierre qu’est-ce qu’on va devenir à force de devenir images sur une commode ça se vide autour ça se remplit de nouveaux bien sûr la planète surpeuplée où vont-ils les autres avec tous leurs passés sous la terre se parlent-ils parfois quand ils sont fatigués du silence savent-ils qu’on ne reconnaît plus le monde à force qu’ils le quittent les uns après les autres je ne savais pas qu’il était si difficile de mourir dit-elle qu’on devait autant souffrir pour s’en aller la vieille dame devant le corps agonisant de son mari qu’on va enterrer cette semaine j’ai regardé la prairie un bon moment les longs brins verts parsemés de fleurs sauvages du violet et du jaune danser dans la brise rien que le caillou dans la tête et un peu d’intranquillité puis vaqué à mes occupations le soleil resplendit l’été approche toutes les plantes recommencent à regorger de couleurs fascinantes dans leurs métamorphoses la lumière du soir qui donne aux arbres une couleur de paradis un rouge orange qui réchauffe la rétine l’ombre avance sur le pré les vaches sont revenues derrière la maison vont passer la saison dehors poil brun luisant dans la lumière du soir couchées sur la colline les animaux domestiques ont un avantage sur les humains dit-elle on les achève quand ils souffrent les vaches sont des limousines je me demande ce qui leur arrive en fin de saison si ce sont les mêmes que l’année dernière principalement vouées à la production de viande ai-je lu je finis devant une série américaine je suis calme je suis dedans je suis les péripéties d’un scénario à rebondissements la télé éteinte je descends les escaliers une sorte de vertige un grand trou qui aspire à l’intérieur du ventre vortex qui engloutit tous les organes en bas de l’escalier ça se relâche il n’y a qu’à éclater en sanglots se dit quelque chose en moi et tout se transforme en eau salée en morve c’est tout ce qu’il y a à faire laisser aller laisser fuir couler laisser vivre laisser mourir qu’est-ce qu’on est censé faire avec tout ça à avaler avec tout ce brouillard à dissiper qui devient plus épais qu’est-ce qu’on est censé avoir comme force pour continuer à croire que ça va finir par s’arranger tout ça un jour on va se retrouver seuls sur terre on se demandera ce qu’on fait là égaré au milieu de nulle part avec des gens autour dont on ne comprend plus les visages…

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