Journal, 29 avril- 3 mai

Vendredi. Cours achevés, aller chercher C., aller ensemble acheter un cadeau pour N. qui aura 9 ans demain. Elle veut des chaussures qui s’allument. Moi, aucune idée. Ma fille : je crois que j’ai vu un magasin qui les avait en vitrine, maman. On y va. On trouve. Des baskets à semelle lumineuse. On peut allumer et éteindre. Allumé : un cercle de points verts, puis rouges, violets, re-verts. Bref, une horreur. Probablement le dernier gadget à la mode que tout le monde arbore en cour de récré. Va pour les baskets blanches à ampoules incorporées. La vendeuse, une gentille jeune fille un peu bizarre nous explique le fonctionnement. Semblant avoir décidé que le monde allait trop vite, elle paraît avoir décidé de le ralentir. L’explication dure un quart d’heure. Elle fait un geste, s’arrête, explique, refait un geste, arrête, prend du papier pour l’emballage cadeau, s’applique à l’étaler sur le comptoir, pause, on a droit à une nouvelle info. Il faut faire attention, pause, elle biffe le prix, il faut faire attention à ne pas les mettre quand il pleut, emballage, relève la tête, nous regarde dans les yeux, il faut les recharger, je vous montre où est l’interrupteur pour les allumer et chuintement de papier, trois heures d’autonomie pour les chaussures, j’essaie de simuler une écoute concentrée et attentive, on semble avancer vers un climax, comme dans un film, d’anodin, on passe à dangereux, le tout sur le même ton, avec la même application, et avec la même gentillesse. Ne pas laisser trop longtemps allumé, semelle qui chauffe, qui peut prendre feu, ce n’est que du matériel assez fin finalement, vous savez, court-circuit, attention. J’hésite un instant. Est-ce que je veux vraiment acheter ça à ma nièce, même si c’est ce qu’elle veut ? Non mais si on fait attention, madame, aucun problème. Ah oui, j’oubliais de vous dire, ne pas jouer au foot avec ces chaussures, vous comprenez, si vous pliez la semelle, ce n’est pas bon pour les lampes. Je comprends.

Samedi, Metz. Promis à C. depuis un temps déjà de l’y amener. Cl. a tennis… Moi, pas envie. Il pleut. Il fait froid. J’ai promis, on me le rappelle, on y va quand même. Nous deux. Le fétichisme de l’ado. Tel produit, telle marque. J’ai fini par me résigner. On ne lutte pas contre le rouleau compresseur du marketing consumériste. L’artillerie lourde du capitalisme, créer des niches, des envies, des égéries, des adeptes, des accrocs, la machine tourne, plus rapide que son ombre. Arrêt devant une paire de baskets. Sans lampions, mais moches, et surtout : éhontément chères. La marque inscrite sur les côtés. Regard triste, bon, allons les essayer, regard souriant, juste essayer, dit-elle, elle les trouve trop chères, elle aussi. Heureusement, ils n’ont plus la pointure, la question réglée toute seule. Nous rentrons avec un rouge à lèvres (elle) et un pantalon blanc (moi). Elle semble satisfaite.

Le soir, anniversaire de N. Elle saute de joie en déballant son cadeau. Je rapporte à ma sœur que sa fille risque l’électrocution. Elle soupire. Elle vient de passer l’après-midi avec une quinzaine de gosses à la patinoire. 3 fillettes sont restées dormir. La mine de ma sœur quand elle maugrée : vivement demain. Grosse discussion pour savoir quelle fillette dormira près de N., qui prendra quel matelas. Ma sœur se retient pour ne pas imploser. Finalement mon beau-frère organise un tirage au sort. Une scène d’anthologie.

Dimanche. Pluie. Lecture. Il y a quelque temps, j’avais lu une sorte de fable d’Antonio Moresco, La Lucina. Une merveille. Je décide de me lancer dans ce qui semble être son œuvre maîtresse. Je lis 80 pages de Gli Increati, troisième volume d’un vaste projet (Gli Esordi/ Canti del caos/ Gli Increati) un millier de pages pour chaque oeuvre. Un souffle incroyable, une écriture chamanique, un OVNI littéraire époustouflant, ce qu’on appelle une œuvre monde. Je décide de mettre de côté pour l’été.

Je continue, presque un sacrilège après Moresco, mais quand il faut y aller, il faut y aller, par la lecture du dernier Guillaume Musso. Thriller psychologique avec histoire d’amour rudimentaire et kitsch. La Fille de Brooklyn. Rien que le titre. Mais je vais le finir, il faut au moins que j’en finisse un, résolution que j’ai prise fermement il y a quelques jours et qui avait sa raison d’être à ce moment-là, qui commence pourtant à me peser.

Heureusement le côté page turner fonctionne, on veut savoir qui a frappé A et pourquoi, et qui a enlevé B, et pourquoi. Le genre de bouquin où on court après le coupable avec fausses pistes et péripéties pendant tout le bouquin pour constater à la fin qu’on s’en foutait royalement en fait, de savoir qui était le coupable et qu’on aurait mieux fait de tondre la pelouse (en fait, elle est tondue entretemps).

Lundi en soirée je décide d’en finir avec le bestseller. Pas envie d’y passer encore une journée. Et je le finis. Ouf. Je n’ai jamais réussi à finir un Levy pour cause d’ennui insurmontable, j’ai jeté à la poubelle le seul Paolo Coelho que j’aie jamais lu, L’Alchimiste, fable esotérico-kitsch dégoulinante de mièvrerie, mais celui-ci est moins mauvais que je ne craignais. Je n’en lirai pas un deuxième, mais j’ai réussi à le finir sans trop m’ennuyer… Musso réussit à créer du suspense, bon, à la fin on voit toutes les ficelles et toutes les exagérations et toutes les coïncidences un peu tirées par les cheveux, et il y a toujours quelqu’un qui court pour sauver l’amour de sa vie, et puis pour montrer qu’il a de la culture, l’auteur (enfin, je dis l’auteur, l’auteur et ses nègres littéraires je suppose) cite régulièrement les grands auteurs (c’est d’ailleurs assez comique parfois, involontairement, bien sûr, du style : il y avait là une voiture, on aurait dit qu’elle était tout droit sortie d’un roman de Jim Harrison… ou alors : il avait en tête cette phrase de Kierkegaard…), mais la partie thriller fonctionne plutôt convenablement comme page turner… verdict, moins mauvais que je ne pensais… de la littérature populaire de salle d’attente pas trop mal fichue (celui que j’ai lu en tout cas), que je peux conseiller à un élève qui refuse de lire quelque chose de plus consistant sans avoir honte et ne pas pouvoir en dormir la nuit…

Bref, les ficelles sont visibles, les histoires d’amour toujours dramatiques et profondes, les femmes toujours de la vie, mais le côté thriller n’est pas trop mal fichu, même si à la fin, après lecture, en récapitulant, on se rend compte de toutes les incongruités dans le scénario. En résumé : le narrateur est un auteur connu, il a un petit garçon qu’il élève seul, il fait la connaissance de l’amour de sa vie, ils veulent se marier (6 mois après avoir fait connaissance), mais il ne sait rien de son passé à elle. Il veut en savoir plus, elle lui montre la photo de 3 cadavres calcinés et dit que c’est elle qui a fait ça. Il s’enfuit, et quand il revient pour en parler, elle a disparu. Il court pour la retrouver et connaître son histoire jusqu’à la fin du bouquin. En fait, elle a été enlevée et séquestrée par un pédophile à 14 ans, a réussi à s’enfuir après 2 ans de captivité, a pris un faux nom, est devenue médecin etc. On a aussi quelques flics véreux, un politicien américain républicain meurtrier, une assistante ambitieuse (et tueuse), un ancien flic qui veut se venger. Un petit garçon tout mignon. Voilà.

Par ailleurs : Regardé deux épisodes de la série The Americans. Bon, pour les ficelles, là aussi, ne sont pas toujours fines… Mais avec des acteurs et sans citations d’auteurs, ça passe beaucoup mieux.

Mardi. Travail puis coiffeur. Après 3 mois, mon miroir me dit que je ferai mieux de lui rendre visite. Je me souviens de la merveilleuse époque où je pouvais n’y aller qu’une ou 2 fois par an. J’empoche un livre retrouvé dans la bibliothèque, acheté il y a quelque temps. La coiffeuse m’apprend que l’autre coiffeuse a démissionné parce qu’elle a eu une meilleure proposition ailleurs. Ça me rend triste. Der Mensch ist ein Gewohnheitstier. Je feuillette un peu Gala, Estelle Hallyday, une femme merveilleuse fête ses 50 ans. Ses conseils de beauté pour rester jeune et belle. Je referme. J’ai ma dose pour la semaine. Musso m’a tuer.

 

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