Journal 5-7 mars

5 mars

« Vantablack », le nom d’une nouvelle couleur, ou plutôt non couleur. Le noir le plus noir qui ait jamais existé jusqu’ici. La couleur absorbe plus de 99,96% de la lumière. Un noir juste légèrement moins noir qu’un trou noir. Moins une couleur qu’un matériau High-Tech censé servir dans le domaine de la recherche spatiale et militaire. Pour camoufler ou rendre invisibles avions et satellites par exemple.

L’information serait sans doute passée inaperçue si l’artiste Anish Kapoor n’en avait acquis les droits exclusifs dans le domaine de l’art auprès du producteur, à coups de millions vraisemblablement, faisant grincer des dents. La deuxième fois qu’une couleur est patentée, après le « International Klein Blue » en 1960. Personnellement je trouve ce genre de pratique immonde dans le domaine de l’art, même si apparemment le coût du matériau serait tellement élevé que peu d’artistes pourraient se permettre de l’utiliser de toute façon.

Je viens de recevoir les deux recueils de poésie commandés de Linda Pastan, Waiting for my life et Traveling Light. Depuis une heure je suis plongée dans Waiting for my Life. Une pure merveille.

Sur le net, je lis l’article d’un certain Thomas Serres, intitulé Autopsie d’une défaite et notes de combat pour la prochaine fois. Serres est un des universitaires à avoir signé la tribune anti-Kamel Daoud dans Le Monde. Dépité que cette tribune ait soulevé un tollé, et que lui et ses acolytes aient été renvoyés à leurs obscures études par nombre de gens, il récidive dans un texte encore plus hargneux à l’encontre du journaliste algérien.

Je pense qu’il ne reste finalement qu’à remercier les signataires de cette tribune d’avoir rendu audible pour une large audience le discours de Daoud, et d’autres intellectuels qui vont dans le même sens, comme cette romancière franco-tunisienne, Fawzia Zouari. (http://www.liberation.fr/debats/2016/02/28/au-nom-de-kamel-daoud_1436364 ) L’argument des détracteurs est toujours le même, il ne faut pas dire ce que dit Daoud car ça alimente l’islamophobie en Europe. Comme si Daoud vivait en Europe et n’était pas surtout intéressé par les réformes dans son pays et le changement de mentalité de ses compatriotes.

Et puis j’ai lu les commentaires en dessous du texte de Thomas Serres, et il y en a un qui me semble particulièrement pertinent. Je le copie/colle ici. C’est la réponse d’un Maghrébin à Serres et aux autres détracteurs du journaliste algérien.

samedi 5 mars 2016 à 02h01, par Chafai

AUTOPSIE D’UNE DÉFAITE ET NOTES DE COMBAT POUR LA PROCHAINE FOIS

Paradoxe !

Oui, pourquoi cette hargne contre une simple chronique d’un simple journaliste qui plus est, étranger ?

Pourquoi des universitaires parisiens se mobilisent-ils contre cette chronique au point de solliciter une tribune au Monde ? Bizarre. C’est effectivement le terme approprié qui vient spontanément à l’esprit.

Oui, ça me paraît insolite que des universitaires prennent le temps de se regrouper, pondre ensemble un tel texte qui invective un simple journaliste, qui plus est, est étranger. Pourquoi ne se sont-ils pas manifestés auparavant ? Il y a eu, pourtant des occasions pour donner leur avis sur les diverses sorties de Finkelkrauft, Onfray, Zemmour et compagnie…

Paradoxe aussi que ce soit des Parisiens qui s’insurgent contre un article d’un journaliste algérien qui évoque un fait divers survenu en Allemagne ! Vous ne trouvez pas ça bizarre, insolite, incongru ? Moi si, et la suspicion d’un relent d’attitude néocoloniale est là, sous-jacente. Oui, si une chronique similaire avait été écrite, disons par un journaliste britannique, par exemple, auraient-ils réagi ?

Non.

Autre question utile à se poser.

Ce n’est pas nous « orientaux » même si nous vivons au Maghreb, ce n’est pas nous musulmans indifférenciés qui avons été choqués par la chronique de Kamel Daoud . Nous n’y avons vu ni « orientalisme »,et encore moins une islamophobie. Non pas parce que nous connaissons ce chroniqueur mais parce que nous nous connaissons nous-mêmes et Dieu sait avec quelle « frérocité » nous nous jugeons ! Oui, ce n’est pas nous Algériens et y compris, nous, intellectuels qui avons été interpellés par cette chronique.

Nous l’avons lue comme un acting-out d’un jeune Algérien qui, à peine sorti de la terreur islamiste qui dans son pays a assombri ses vingt ans, revit, à travers ce fait divers, comme un flashback, la décennie de l’emprise islamiste. Oui, le mouvement islamiste s’est manifesté d’emblée par son agressivité contre les femmes en commençant par les disqualifier comme détentrices d’un quelconque pouvoir acquis de haute lutte, ne fût-ce que d’être infirmière-chef de service ou Directrice d’école. Et cela, au nom de l’Islam, leur Islam.

Oui, Kamel Daoud a dû sentir que la femme reste le problème clé pour les musulmans. Certes ce fut le cas aussi pour les pays d’obédience chrétienne sauf qu’ils ont eu l’opportunité d’avoir vécu les bouleversements de la révolution industrielle qui ont chamboulé les rapports sociaux et surtout détruit le poids de la Religion. Ce que ces              « intellos » enfermés dans leur tour d’ivoire d’enfants gâtés oublient, c’est la lutte de leurs ancêtres contre le carcan religieux. Ils ne comprennent donc pas notre lutte pour nous affranchir de la prégnance de la Religion qui aliène l’individu et bride son champ des possibles.

Certes le chroniqueur n’étant pas sociologue n’a pas évoqué l’impact du déracinement, source de frustrations, de ressentiment et partant de régressions infantiles… Ce n’est qu’un chroniqueur, d’où l’incongruité de cette implication d’un groupe d’universitaires avec une telle charge hargneuse. Mystère.

 6 mars

Six heures de passionnant workshop avec Wolfgang Wimmer.

7 mars

J’ai regardé longuement tomber les flocons de neige. Ce n’était pas la chute habituelle, mais une chute bien plus élégante. Sans vent, tombant verticalement sur le sol, des flocons de toutes les tailles, de très gros à presque invisibles. Et surtout, sans se précipiter vers leur anéantissement, tombant comme au ralenti pour amortir la chute, avec beaucoup d’espace entre eux. De temps en temps, une amorce de vent, et alors une faible déviation de la trajectoire. Au loin, la forêt plongée dans un gros nuage de brouillard blanchâtre, juste quelques buissons et deux gros conifères à la lisière du bois ne disparaissent pas dans la brume épaisse. Le ciel, un aplat d’un blanc un peu sale, tendant vers le gris clair. Quand la chute s’arrête, je reste encore quelques minutes devant la fenêtre, espérant une reprise. Trois corbeaux traversent le ciel et vont se percher sur les branches du bouleau voisin. L’un semble se rendre compte qu’il s’est installé sur une branche trop fine et fait de petits pas de côté, en direction du tronc, jusqu’à ce qu’il soit rassuré par l’épaisseur de son support. Gros tas de plumes noires s’ajustant, se balançant d’une patte sur l’autre, dodelinant du derrière vers sa sécurité très précaire.

Puis je me suis remise au travail.

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2 réflexions sur “Journal 5-7 mars

  1. Eh bien ! Vantablack ! Une nouvelle nuance de noir ; sûrement pour faire pâlir de jalousie les nuances de gris. 🙂 Je me demande si ce ne serait pas un canul-art par hasard.

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