Journal, 17 févr.

Lu dans la presse italienne : un professeur de philosophie de 43 ans, Stefano Rho, licencié dans un lycée à Bergamo, pour avoir oublié de noter sur une attestation de bonne conduite qu’il avait été condamné 11 ans auparavant à payer 200 euros d’amende pour avoir pissé dans un buisson (parce qu’il n’y avait pas de toilettes dans les environs). Il ne savait pas qu’il s’agissait d’une condamnation pénale, ne s’en souvenait même plus et avait donc noté que son casier était vierge. Au pays d’Ubu roi, où des criminels de haut vol occupent des postes importants et ne sont guère inquiétés, où un nombre non négligeable de parlementaires font l’objet d’enquêtes judiciaires en tout genre, et ne pensent aucunement à démissionner, quelqu’un est licencié pour avoir « menti » à l’Etat italien.

Mobilisation générale des collègues, et surtout, de tous ses élèves et même ex-élèves. Manifestations dans les rues, lettre au président de la République. Rendez-nous un de nos meilleurs profs, nous avons besoin de lui, un des slogans des élèves. Ça fait chaud au cœur. La justice et la bureaucratie à leur meilleur dans ce, par ailleurs, si beau pays.

http://www.ilfattoquotidiano.it/2016/02/09/prof-licenziato-per-aver-fatto-pipi-sul-cespuglio-allora-cacciateci-tutti/2444593/?utm_source=change_org&utm_medium=petition

Au détour d’une autre lecture d’article, réflexions sur l’école et son rôle. Ce que l’école devrait être : un laboratoire pour apprendre à penser, à devenir citoyen. Un lieu où s’approprier les outils intellectuels nécessaires au développement d’une pensée critique, au développement aussi de la personnalité de l’élève. Apprendre à regarder et comprendre le monde. Ce n’est malheureusement pas vers quoi on s’oriente. On tente d’aller vers le formatage de travailleurs prêts à l’emploi. Capitalisme oblige. Sauf que… le travail disparaît de plus en plus. Robotisation, délocalisations, la précarité s’installe dans les têtes.

Et en même temps, réflexion parallèle, augmenter le niveau d’instruction, qui a déjà significativement augmenté par rapport aux siècles précédents, apprendre à penser, pour quoi faire, si les possibilités d’action sont limitées ? Connaître les dérives du capitalisme, du système bancaire, savoir qui sont Lordon, Piketty et consorts, et regarder, impuissant, comment on s’enfonce, comment les inégalités continuent de se creuser, comment les jeunes galèrent pour trouver une place dans la société, un endroit où on ne leur demandera pas de laisser leur dignité au vestiaire. S’il n’y a pas d’action possible derrière, si les systèmes politiques sont bloqués, à quoi bon ressasser les mêmes griefs, aussi pertinents soient-ils ? … Continuer à le faire quand même, parce qu’on ne peut pas faire autrement, je suppose.

Et puis, lu sur le net aussi, la polémique autour de l’excellent texte de Kamel Daoud, qui assène quelques vérités que certains ne veulent pas entendre. Quelques histrions offusqués lui répondent dans un texte collectif dans le Monde. Aujourd’hui, pour discréditer, tout de suite on accuse d’essentialiser. Quel pitoyable spectacle, celui d’une certaine gauche qui ne se souvient plus d’avoir combattu, voué aux gémonies et affublé de tous les noms le catholicisme de nos parents. Aujourd’hui, l’islam est sacré. Les traditions patriarcales apparemment aussi. Et si on ose y toucher, l’ultime tour de passe-passe, on vous traite d’islamophobe. Triste et pitoyable, cet amalgame de tout et n’importe quoi de la part d’une certaine frange de la gauche adepte de l’auto-flagellation et de l’anti-occidentalisme primaire. Entre une extrême-droite débile mais dangereuse, et une extrême-gauche aveugle et pour cela finalement dangereuse aussi, on n’est pas sortis de l’auberge.

Le texte de Daoud, un écrivain et journaliste algérien qui, faut-il le rappeler, risque tous les jours sa vie en Algérie http://www.hebdo.ch/hebdo/idées-débats/detail/viol-et-fantasmes-sur-«europe»

et le texte des offusqués, plein de clichés gauche bien-pensante tant de fois rebattus, l’islam, la religion des opprimés, donc on n’y touche pas etc., qui reprochent à Daoud… ses clichés

http://www.lemonde.fr/idees/article/2016/02/11/les-fantasmes-de-kamel-daoud_4863096_3232.html

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