Journal, 13 févr.

Parce qu’il n’y a pas de sujets mineurs pour un journal, aujourd’hui, c’est coiffeur. Je déteste aller chez le coiffeur. Tous les coiffeurs que j’ai fréquentés ont toujours paru étonnés quand, après une énième trop longue attente, j’ai ronchonné cette phrase, et m’ont alors expliqué que la plupart des femmes adoraient aller chez le coiffeur. Je me demande pourtant si ce n’est pas pour justifier l’attente qu’ils sortaient ça, mais je n’ai pas poussé plus loin mes investigations, ni consulté de statistiques. Il doit d’ailleurs y en avoir. À l’ère du sondage et des statistiques rois, s’il y en a sur la consommation de yaourt par semaine, il n’y a pas de raison qu’il n’y en ait pas pour ce passionnant sujet…

Bref, tous les deux, trois mois, il faut quand même bien que j’y fasse un tour, pour rester vaguement présentable. Pour les hommes, j’ai l’impression qu’on se dépêche, parce qu’on part du principe qu’ils n’aiment pas être là. Alors que moi, jamais sortie avant une heure et demie, voire deux heures.

Les femmes aiment aller chez le coiffeur. Bon. À la décharge des artisans capillaires, il faut admettre que j’ai les cheveux longs, mais quand je vois, comme aujourd’hui où j’avais deux hommes à observer (mon coiffeur est mixte), combien semblent compliquées à réaliser les nouvelles coiffures hommes à la mode, je me dis tout de même que ça se vaut. Et que je te coupe en haut comme ça, sur les tempes comme ci, la nuque encore autrement, et puis le rasoir électrique qui reprend autour des oreilles, pour que ça fasse une belle rondeur.

Le séchage va plus vite, c’est sûr. Pour les miens, ça prend son temps, j’admets. Mais tout de même. Je déteste donc en principe être chez le coiffeur, sauf qu’aujourd’hui, bizarrement, ça allait. Je ne suis pas sortie plus vite, mais le temps m’a paru moins long. Peut-être à cause de l’observation minutieuse de toutes ces coupes masculines. Et des gens qui étaient là. Deux vieilles dames, dont l’une marchant très mal. Un jeune garçon, sa mère assise derrière lui pour diriger le coup de ciseau. Un vieux monsieur, grand et classieux avec une belle chevelure grise frisottant à hauteur de la nuque.

Peut-être aussi la sidération, lorsque la jeune stagiaire de 19 ans qui m’a appliqué le shampoing s’est mise à me raconter ses déboires sentimentaux. Une jolie fille, qui me demande ce que je fais pour la St. Valentin. Déjà, c’est une fête commerciale qui ne m’a jamais inspiré plus que ça (même si je comprends que ce soit une aubaine pour les fleuristes, et qu’il faille aussi penser à ces gens-là et à leur chiffre d’affaires) mais de surcroît à mon âge, il ne me viendrait pas à l’idée de faire quelque chose pour la Saint Valentin. Sans parler du fait que j’ai horreur des réjouissances imposées, et ce depuis toujours. Alors, inquiète, elle hasarde… est-ce que je n’ai pas de Valentin?… de quoi ? … euhm, si, si, j’en ai un. Sous forme de mari. Elle a paru rassurée. Bien sûr, par politesse, j’ai dû demander ce qu’elle faisait, elle, pour la Saint Valentin. Et bien, elle ne savait pas encore puisqu’elle s’était disputée avec son petit-ami, et qu’elle ne lui parlait plus depuis une semaine. Ah, et ? Et bien il lui avait menti. Il était sorti sans elle alors qu’il avait dit se trouver à la maison, et ce plusieurs fois. Il avait prétendu être chez lui alors qu’elle s’y trouvait elle-même, chez lui, pour une raison dont je ne me souviens plus, et qu’il n’était pas là. Elle ne comprenait pas pourquoi il avait menti puisqu’il pouvait sortir avec ses copains quand il voulait, lui. Elle non. Elle ne pouvait pas. Elle n’avait le droit de sortir qu’avec lui.

Peu rassurée, je m’enquiers alors… comment, elle non ? Qui le lui défendait ? Ses parents, chez qui elle habite encore ? Non, son père était sévère et l’avait beaucoup contrôlée jusqu’à 18 ans, mais là, non, c’était son petit-ami qui le lui interdisait. Moi, visage exprimant frayeur, sidération et ébahissement simultanés… après 40 ans de féminisme, c’est pas vrai ! Et elle se laisse faire ? Pas de réponse, elle embraye… Cette nuit, il lui avait écrit un sms, il voulait la voir, le message disait qu’il avait peur de la perdre. Elle était fière pourtant, elle avait tenu une semaine sans l’appeler. Ah, ça avait été dur, mais elle avait tenu. Bon, une fois sa mère avait dû lui arracher le téléphone quand elle avait été sur le point de lui envoyer un sms, mais elle avait tenu…

c’est vraiment une gentille fille, j’espère qu’elle s’en sortira…

Ma coiffeuse attitrée ensuite. Elle s’est coupé les cheveux. Pendant le séchage des miens, nous avons déploré toutes deux la perte de nos boucles naturelles. Les miens ne frisent quasiment plus, les siens apparemment de même, d’où la nouvelle coiffure plus pratique.

Je suis sortie de là avec des cernes énormes à cause de ma grippe des jours précédents, avec une coiffure impeccable, et avec quelques nouvelles de mes semblables. Le coiffeur, j’y pense rarement de cette façon, ça crée tout de même du lien social.

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