Lectures, Linda Pastan

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La petite musique de Linda Pastan (poétesse américaine née en 1932)

Découverte récemment sur un site de poésie, depuis quelques jours, je retourne lire les tableaux qu’elle dessine, tranches de vie qu’elle apprivoise de sa voix bienveillante. Elle enveloppe des instants intimes, peu spectaculaires en apparence, de formes et de couleurs. Comme tous les grands écrivains, elle sait regarder les choses et en nourrir la page.

La pâte à pain, la vie domestique, l’enfant qui joue sous la table, la neige qui va de silence en silence, l’amour, la migration des feuilles, les ombres des disparus, la proximité de la beauté et de la catastrophe, la fragilité du temps, l’omniprésence du souvenir, la vie minuscule, un voyage en Italie, un voyage en voiture avec le père, une promenade en forêt, les cycles de la nature. Une douce mélancolie. Une inquiétude voilée. Une angoisse qui affleure, sans gravité. Une maîtrise absolue de son art. Le débordement est dans le signifié, et non comme pour une certaine poésie qui me laisse  souvent indifférente, dans l’accumulation de signifiants. Pas de style ampoulé, pas de fioritures lyrico-lyriques, ou poético-poétiques, d’envolées débordantes frisant le sentimentalisme un peu mièvre. Pas de superflu.

Même si, comme l’affirme un essai de Stig Dagerman, « Notre besoin de consolation est impossible à rassasier », les poèmes de Linda Pastan possèdent l’art de consoler, un peu.

Linda Pastan :

« I am a tourist

in my own life

gazing at the exotic shapes

of flowers

as if someone else

had planted them; »

 

At My Window

I have thought much

about snow,

the mute pilgrimage

of all those flakes

and about the dark wanderings

of leaves.

I have stalked

all four seasons

and seen how they beat

the same path

through the same woods

again and again.

I used to take a multitude

of trains, trusting

the strategy of tracks,

of distance.

I sailed on ships

trusting the arbitrary north.

Now I stand still

at my window

watching the snow

which knows only one direction,

falling in silence

toward silence.

 

À ma fenêtre (Traduit par Raymond Farina)

 J’ai beaucoup réfléchi

sur la neige,

le silencieux pèlerinage

de tous ces flocons

et sur les sombres vagabondages

des feuilles.

À l’affût

pendant quatre saisons entières

j’ai vu comment on bat

les mêmes sentiers

à travers les mêmes bois

maintes et maintes fois.

J’ai eu coutume de prendre une multitude

de trains, me fiant

à la stratégie des voies,

de la distance.

J’ai voyagé sur des navires

me fiant au nord arbitraire.

Maintenant je me tiens tranquille

à ma fenêtre

en observant la neige

qui ne connaît qu’une direction,

lorsqu’en silence elle va

tomber vers le silence.

______

Interview de Linda Pastan

https://www.arts.gov/art-works/2011/art-talk-linda-pastan

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